Le sommet européen qui s’est achevé mardi matin à Bruxelles n’a buté qu’en partie sur le casse-tête du volume des emprunts, des subventions et des ristournes budgétaires. Le principal responsable du caractère particulièrement douloureux des 90 heures de négociations à 27 aura été, in fine, le manque de confiance mutuel.

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Manque de confiance entre petits pays «frugaux», arc-boutés sur la demande d’une conditionnalité entre fonds débloqués et réformes effectuées, et grands pays – Allemagne incluse – avant tout pressés de faire repartir leur machine économique. Manque de confiance entre dirigeants, symbolisé par l’affrontement verbal entre le Néerlandais Mark Rutte et le Hongrois Viktor Orban. Manque de confiance entre de nombreux gouvernements et la Commission européenne, qui se retrouve, avec ce plan à 1800 milliards d’euros, gardienne d’une inédite mutualisation des dettes de l’UE et de la bonne exécution du budget communautaire 2021-2027…

Le doute, un poison

C’est donc à la racine de ce mal que l’Union, ligotée par la règle de l’unanimité, doit désormais s’attaquer. Vingt ans après le très chaotique sommet de Nice qui ouvrit en décembre 2000 la voie à l’élargissement aux dix nouveaux pays membres entrés en 2004, la preuve a été apportée par ces longues nuits bruxelloises que la volonté politique des Vingt-Sept de rester unis est forte, mais que le doute sur un avenir commun et convergent est un poison contre lequel l’UE a besoin d’un antidote. Croire, dans ces conditions, que le pas de géant effectué hier vers plus de solidarité n’exige pas de contreparties en termes de transparence, de rigueur et de transformation serait une grave erreur. Le succès politique de la relance économique post-Covid sera au rendez-vous si tous les pays membres, parties prenantes d’un marché intérieur qui est le cœur battant de cette Union de 500 millions d’habitants, estiment être mieux protégés socialement et mieux servis économiquement par cette Europe aux capacités budgétaires renforcées.

La Suisse, qui votera le 27 septembre sur la libre circulation – et donc sur l’avenir de ses accords bilatéraux avec l’Union – n’est pas que spectatrice. Le coronavirus, s’il en était besoin, a démontré qu’un petit pays tiers a intérêt à être associé à une Europe forte. Mieux: les exigences des pays «frugaux», formulées bruyamment lors du sommet, rejoignent les préoccupations helvétiques. L’Europe de la relance, si elle est exigeante, peut demain être un partenaire encore plus digne de confiance.