Revue de presse

Ce lundi à Brasilia, Dilma Vana Rousseff mène sa dernière bataille

La présidente déchue «comparaît» ce lundi devant le Sénat brésilien, où elle clamera haut et fort son innocence. Mais il y a bien peu de chances qu’une majorité l’entende de cette oreille

«Après ses Jeux olympiques, un nouveau spectacle marathon, politique cette fois», résume Sud-Ouest. La présidente du Brésil, Dilma Vana Rousseff, «comparaît» ce lundi devant le Sénat pour se défendre personnellement dans son procès en destitution. Heure décisive que cette ultime intervention avant sa probable éviction, qui mettra un point final à treize ans de règne de la gauche dans le plus grand pays d’Amérique latine.

Même si tous les pronostics sont contre elle, l’ex-guérillera de 68 ans, emprisonnée et torturée sous la dictature militaire (1964-1985), ira à ce rendez-vous historique «sereine», où elle se défendra comme elle l’a déjà fait dans une lettre «au Sénat Fédéral et au peuple brésilien», publiée le 16 août (en français sur Mediapart). «Sereine, comme toujours», a confié à l’Agence France Presse (AFP) un de ses conseillers, alors qu'«un petit groupe de 200 manifestants» la soutenait encore dimanche, lit-on dans 20 minutes. C’est peu.

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Mais impeachment ou non, reste que «le Brésil est perdu dans un labyrinthe politique qui, apparemment, n’a pas de sortie», estime Courrier international. Qui a lu et traduit la version brésilienne du quotidien espagnol El País, lequel «se demande, deux ans après sa réélection avec une avance de 3,5 millions de voix sur son rival de droite, Aécio Neves, comment la première femme à être élue présidente en est arrivée là»: «Elle a commis une erreur extrêmement grave en maquillant les comptes publics […], ce qui a donné à ses opposants du législatif la munition qu’ils cherchaient pour l’annihiler politiquement.»

Car simultanément, «Dilma a fait l’erreur de ne pas avoir agi comme son prédécesseur, Lula, qui était maître en l’art de négocier avec l’opposition». Mais c’est trop tard, «l’heure n’est plus à la négociation», et c’est pour cela qu’elle a elle-même «déjà admis ne pas croire à son retour au pouvoir», les deux tiers du Sénat allant très probablement voter contre elle. Mais «alors que son sort semble être scellé, la présidente a décidé d’affronter les sénateurs transformés en juges et de clamer une dernière fois haut et fort son innocence», explique Radio France internationale, qui revient sur l’ensemble de sa carrière politique et de ses combats militants.

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Dilma Vana Rousseff a tenu à y aller personnellement, à cette «audience». Et si le Sénat vote contre elle, «elle sera destituée», définitivement, cette fois, et inéligible pendant huit ans. «C’est un ultime acte de courage», admire la sénatrice du Parti des travailleurs (PT) Fatima Bezerra dans La Croix. Ces accusations sont un prétexte pour sortir la gauche du pouvoir. Elle y va pour défendre la démocratie. Ça fait partie de son ADN. […] Elle paie le prix fort pour n’avoir pas empêché les investigations de l’opération qui a mis au jour l’affaire Petrobras, dans laquelle sont accusés des politiques de tous bords.»

Mais «derrière l’image de résistante se cache une travailleuse acharnée» et «ce n’est pas une femme politique à l’origine», rappelle Ricardo Ismael, politologue à l’Université catholique de Rio. Durant la campagne qu’elle a menée pour son élection en 2010, «elle a sous-estimé la crise économique et fait des promesses non tenues, rappelle-t-il. Quand elle a entamé une politique d’austérité, ses électeurs se sont sentis trahis.» Alors, au début de 2015, sa cote de popularité s’est effondrée, et ses relations avec le parlement se sont enlisées. «A la différence de Lula, elle ne maîtrise pas le jeu politique», estime le politologue. D’ailleurs, elle entend toucher les sénateurs «au cœur», écrit le Diário de notícias lisboète.

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L’affaire est, à vrai dire, plus compliquée qu’elle n’en a l’air, comme l’expliquait Le Monde il y a trois jours: «L’ironie veut que si la corruption a fait descendre des millions de Brésiliens dans les rues ces derniers mois, ce n’est pas à cause d’elle que tombera Dilma Vana Rousseff. Pire: les artisans de sa chute ne sont pas eux-mêmes des enfants de chœur. L’homme qui a lancé la procédure de destitution, Eduardo Cunha, ancien président de la Chambre des députés, est accusé de corruption et de blanchiment d’argent.»

Et puis, il ne faut pas oublier que «la présidente du Brésil est jugée par un Sénat dont un tiers des élus font, selon le site Congresso em Foco, l’objet de poursuites criminelles. Elle sera remplacée par son vice-président, Michel Temer, pourtant censé être inéligible pendant huit ans pour avoir dépassé la limite autorisée de frais de campagne.» Son bras droit, «Romero Juca, ancien ministre de la Planification du gouvernement intérimaire, a été confondu en mai par une écoute téléphonique datée du mois de mars dans laquelle il réclamait explicitement un changement de gouvernement pour barrer la route de l’opération judiciaire «Lava Jato». S’il n’y a pas coup d’Etat, il y a au moins tromperie. Et les vraies victimes de cette tragicomédie politique sont, malheureusement, les Brésiliens.»

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Et elle, elle est «abandonnée entre chiens et loups», titrait Libération la semaine dernière.

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