Hexagone Express

L'Union européenne, démon présidentiel français

Emmanuel Macron est bien le seul candidat à faire applaudir le projet européen lors de ses meetings. Tous les autres «présidentiables» proposent de dépecer l'UE. Sans parler de ceux qui veulent la quitter. Pour la tuer

Il faut se rendre à l’évidence: c’est contre l’Union européenne (UE) que la plupart des candidats déclarés à la présidentielle ont décidé de faire campagne. Comme si le vent rageur du Brexit britannique – face auquel Paris réclame la plus grande intransigeance dans le divorce à venir – faisait tout plier sur son passage. Avec, en écho hexagonal au vote du 23 juin au Royaume-Uni, la promesse de Marine Le Pen d’organiser, dans les six mois suivant son élection, un référendum identique sur le «Frexit» si ses partenaires communautaires n’acceptent pas ses conditions pour récupérer les «quatre souverainetés» que la présidente du Front national juge indispensables: remise en cause de la supériorité du droit communautaire sur les lois nationales; récupération de la maîtrise totale des frontières; retour à la souveraineté monétaire et à la souveraineté budgétaire…

Une Union rejetée par les peuples

Haro, donc, sur les errements de cette Union rejetée par les peuples. L’objectif pour François Fillon, vainqueur de la primaire de la droite et… premier ministre du quinquennat Sarkozy qui fit voter en février 2008 le Traité de Lisbonne? «Une France souveraine dans une Europe redevenue respectueuse des nations […] car cette dernière est au mieux inefficace, inutile, dépassée et au pire comme un obstacle à notre développement.»

Le constat d’Arnaud Montebourg, candidat à la primaire du PS face à l’ancien premier ministre Manuel Valls? «L’Union européenne s’est construite contre les peuples. Elle est un îlot de naïveté […] Il est plus que temps de réécrire les traités.»

La révolution du candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon? «L’Europe, on la change ou on la quitte. La présidentielle sera un référendum sur les traités que Mme Merkel devra respecter. Je serai celui qui dit Nein à l’Allemagne.»

Le scénario de la rupture immédiate

Il faut ajouter à ce stade une autre posture: celle de la rupture immédiate. Sans conditions ni négociations. Un candidat bien éloigné de la première ligne des «présidentiables» la défend avec véhémence: l’inspecteur des finances François Asselineau, fondateur de l’Union Populaire Républicaine. Aussi loin dans les sondages que bien informé sur les méandres des gouvernements successifs qu’il servit depuis trente ans dans différents cabinets ministériels, ce candidat issu des soutes de la République jure que sa proposition de «Frexit» immédiat lui vaut ces temps-ci une attention croissante de tous ceux qui ne croient plus aux promesses de renégociation sans cesse réitérées par les élites.

A voir. Mais là aussi, la démarche est révélatrice. On met le «démon européen» au centre de la démarche présidentielle. En affirmant que l’arbre communautaire ne peut plus produire de fruits et qu’il faut donc le couper ou le déraciner.

Une UE morte?

L’Europe serait donc morte et enterrée? Voire. Car se faire élire et gouverner sont, on le sait, deux choses différentes. François Fillon a beau promettre aujourd’hui de «casser la baraque» et avoir voté contre l’introduction de l’Euro en 1992, son bilan européen à Matignon a ni plus ni moins consisté à approuver sans ciller tout ce que Nicolas Sarkozy décidait en accord avec Berlin.

Autre exemple: l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Laurent Fabius (juin 2012-février 2016) et son affidé de l’époque, Bernard Cazeneuve, devenu premier ministre début décembre. Tous deux votèrent contre le projet de constitution européenne le 29 mai 2005, divisant le PS. Pour, ensuite, mettre une sourdine totale sur leurs critiques et suivre, cahin-caha, les promesses «d’infléchissement» de l’UE du président François Hollande…

La différence Macron

Reste, surtout, la différence Emmanuel Macron. Lors de son meeting réussi à Paris samedi dernier, l’ancien ministre de l’Economie a fait applaudir l’intégration européenne. «Nous avons besoin d’Europe, de plus d’Europe a-t-il lancé. Oui, nous devons être Européens!» Ses détracteurs y voient bien sûr la preuve de son appartenance au système et de son inféodation aux élites libérales mondialisées. Soit, mais gare: bien placé dans les sondages auprès des moins de 35 ans et des plus de 60 ans, l’intéressé pourrait bien profiter à plein de sa contre-programmation.

Etre le seul candidat à défendre les acquis de l’Europe qui ont quand même permis au continent de prospérer en paix depuis l’après-guerre: cette singularité courageuse, à contre-courant, pourrait bien lui rapporter gros.


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