L’Union européenne est la bonne réponse à la guerre déclenchée par Vladimir Poutine pour mettre l’Ukraine à genoux et imposer sa volonté aux démocraties occidentales. Il ne s’agit pas, en écrivant cela, de tirer un trait sur les échecs passés de l’UE et sur certaines limites inhérentes à cette construction complexe à 27, respectueuse depuis sa création des choix démocratiques de chacun de ses membres. Il ne s’agit pas, non plus, de croire que tous les pays du continent ont nécessairement vocation à intégrer un jour cette «Fédération d’Etats-nations», pour reprendre les mots de Jacques Delors, l’ancien président français de la Commission. Il s’agit juste d’être réaliste: l’ampleur du défi géopolitique, économique et humanitaire qui se joue à Kiev, Kharkiv, Odessa ou Marioupol exige, pour être surmonté, une cohésion à toute épreuve face à la froide et meurtrière détermination du Kremlin.

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Le sommet extraordinaire de Versailles qui s’est achevé vendredi a, sur ce plan, prouvé que l’UE s’est hissée à la hauteur de ce séisme. En s’exprimant symboliquement devant la presse depuis la galerie des Batailles du château de Versailles, entourés de tableaux illustrant les guerres qui dévastèrent le continent européen jusqu’au siècle de Louis XIV, Emmanuel Macron et les dirigeants européens n’ont pas cherché à gommer les problèmes. Le fossé creusé, entre pays membres, par le niveau de dépendance énergétique envers le gaz et le pétrole russes, ne peut pas disparaître en quelques semaines. La question du pouvoir d’achat des ménages, plombé par les prix du carburant, est une bombe politique à retardement. La demande d’adhésion à l’UE déposée par l’Ukraine – dont l’avenir européen a été réaffirmé – ne pourra pas être examinée sans respecter strictement les critères. L’efficacité des sanctions financières européennes destinées à isoler le pouvoir russe sera par ailleurs, tous les observateurs avisés le savent, combattue dans les mois à venir par tous ceux à qui profitent l’argent russe et le maintien de Vladimir Poutine à la tête de la Russie. Telle est la réalité du monde en 2022.

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C’est cette réalité que les dirigeants européens, unis au-delà de leurs divergences politiques, doivent maintenant s’engager à expliquer à leur population et surtout aux jeunes générations. Car au-delà de la déclaration du sommet de Versailles, des livraisons immédiates d’armes à l’Ukraine et des plans élaborés pour trouver des approvisionnements énergétiques alternatifs, ou pour augmenter la capacité communautaire de défense, la ténacité sera, de très loin, le facteur déterminant. Elle vaut aussi pour la Suisse, qui a fait le choix d’appliquer les sanctions contre la Russie et de participer à l’accueil des réfugiés en provenance d’Ukraine. L’Union (re)fait la force lorsque, de l’autre côté du champ de bataille, l’adversaire comprend qu’il ne parviendra pas, malgré toute sa puissance et son cynisme, à la miner par le doute et par la division.

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