Le 10 décembre 1948, l'Assemblée générale des Nations unies adoptait à l'unanimité moins huit abstentions la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le document est aujourd'hui la pierre angulaire de neuf traités internationaux. Malgré son caractère matriciel, il n'est pas sûr que, s'ils devaient revoter, les Etats du monde seraient prêts à faire le même pas au profit de la dignité humaine.

L'ONU, dont les droits de l'homme sont l'un des trois piliers, a bien saisi le danger. Elle lance ce lundi, et pour une année, une vaste opération de sensibilisation aux droits contenus dans la Déclaration universelle. Jamais on n'avait vu le système onusien à ce point mobilisé pour une cause. Mais il y a urgence. L'universalité des droits de l'homme a rarement été autant battue en brèche au nom d'un relativisme culturel et religieux douteux. On prive des citoyens américains de leurs droits fondamentaux au nom d'une lutte vitale contre le terrorisme. On exécute un toxicomane iranien au nom de l'islam.

Le vrai problème, avec les droits de l'homme, c'est qu'ils ne se sont jamais affranchis de la Guerre froide. La haut-commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, en convient. Les pays du Nord ne jurent que par les grandes libertés civiles, alors que ceux du Sud privilégient les droits économiques et sociaux. Cette perception antagoniste est dévastatrice pour la cause. Elle sous-tend les graves tensions entre le Conseil des droits de l'homme à Genève et le siège de l'ONU à New York. Elle mine aussi, quoi qu'on en dise, l'efficacité de ce même Conseil, toujours divisé en blocs régionaux. La réanimation de la Déclaration universelle arrive donc à point nommé. Pour que, comme le déclarait Eleanor Roosevelt en 1948, le document devienne la «Magna Carta de toute l'humanité».

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.