«Protéger l’individu face à l’énorme pouvoir de l’Etat.» Pour la présidente du Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU, la Fidjienne Nazhat Shameem Khan, c’est l’essence même des droits humains.

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Le retour des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU au sein du CDH est positif, mais il n’est pas sans risque. Au lieu d’être l’enceinte où les Etats œuvrent ensemble à renforcer les droits fondamentaux, le CDH pourrait devenir l’otage des confrontations idéologiques et géopolitiques de la planète.

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On le voit à travers la crise des Rohingyas en Birmanie, des Ouïgours dans le Xinjiang, des opposants à Bachar el-Assad en Syrie: face à des régimes où le pouvoir central fait peu cas de l’individu, la défense des droits humains doit rester un objectif central du CDH. Mais aussi pour les démocraties libérales, dont la raison d’être repose sur des libertés fondamentales qui permettent à l’individu de s’épanouir dans un cadre démocratique. En ce sens, l’offensive menée la semaine dernière à Genève par plusieurs pays occidentaux pour fustiger la manière dont la Chine réprime la minorité musulmane du Xinjiang est à saluer.

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Ce dernier exemple soulève néanmoins une question qui semble relever de la quadrature du cercle: comment promouvoir une défense acharnée des droits humains et chercher en même temps à approfondir ses liens commerciaux avec Pékin? L’Allemagne et le Royaume-Uni, qui veulent continuer à échanger étroitement avec la deuxième puissance économique de la planète tout en dénonçant, la semaine dernière, la répression des Ouïgours, semblent montrer que les deux sont possibles. Pour les pays démocratiques, capituler devant les seules perspectives économiques au détriment des droits humains serait une manière de se renier. L’argument concerne bien sûr la Suisse, dont les relations économiques extérieures sont les garantes de sa prospérité.

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Se pose dès lors le degré de pondération des droits économiques, sociaux et culturels d’un côté et des droits civils et politiques de l’autre. La Chine s’est faite la championne des premiers. Elle se félicite d’avoir extrait des millions de Chinois de la pauvreté. Mais parallèlement, elle tue tout mouvement pro-démocratique à Hongkong. Les démocraties occidentales insistent sur les libertés politiques, mais omettent d’attacher suffisamment d’attention aux inégalités socio-économiques qui commencent à les gangrener. Cette opposition devient dangereuse au sein du CDH. Force est de le constater: l’indivisibilité et l’universalité des droits humains sont de plus en plus battues en brèche.


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