«L’urgence attendra»; «Beaucoup à faire»; «Le sommet des vérités amères»: le scepticisme domine dans la presse à l’issue de la 27e conférence de l’ONU sur le climat. Après des négociations difficiles qui ont débordé du calendrier prévu, la COP27 s’est terminée avec un texte très disputé sur l’aide aux pays pauvres affectés par le changement climatique, mais aussi sur un échec à fixer de nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre. Commencée il y a deux semaines, cette conférence a pris fin avec plus d’un jour de retard, devenant l’une des COP les plus longues de l’histoire.

Une déclaration finale fruit de nombreux compromis a finalement été adoptée, appelant à une réduction «rapide» des émissions mais sans ambition nouvelle par rapport à la COP de Glasgow en 2021. «Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant, et c’est une question à laquelle cette COP n’a pas répondu», a regretté le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Une déception partagée par l’Union européenne et la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui considère également que cette COP «n’est pas un succès» au regard des mesures concrètes.

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Principal objectif non tenu

La présidence égyptienne de la conférence sera transférée à Dubaï l’année prochaine. Et c’est maintenant l’Occident qui doit défendre ses exigences et ses objectifs, selon la NZZ. L’Europe ne contribue plus qu’à hauteur de 9% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Avec les Etats-Unis, les pays industrialisés occidentaux en totalisent environ un quart. «La majeure partie du problème se posera à l’avenir dans les pays émergents et en développement. Sans leur collaboration, on peut oublier les objectifs de la protection du climat, soulève le quotidien alémanique dans un commentaire à propos de la tenue du sommet en Egypte. Il est donc juste que les représentants de ces régions participent à l’organisation des conférences sur le climat.» La NZZ note toutefois que «les délégations européennes et américaines se sont épuisées pendant deux semaines à lutter contre les tentatives de dilution des engagements antérieurs».

Mettant en avant le bilan décevant de cette conférence, le Guardian rappelle que les émissions mondiales devraient diminuer de 50% d’ici à 2030 pour tenir la limite du réchauffement de la planète à +1,5°C, alors que celles-ci ont atteint un record cette année. «Étant donné que la réunion de l’année prochaine sera accueillie par un pétro-État – les Émirats arabes unis – peu de gens sont optimistes quant aux perspectives de progrès à cet égard», regrette le journal britannique dans son éditorial. Face à la pression exercée par les lobbyistes des combustibles fossiles, il souligne aussi que «les scientifiques, les groupes de la société civile et les personnes les plus touchées par l’urgence climatique doivent crier pour être entendus».

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Fonds pour «pertes et dommages» encore vague

Cette édition a en revanche été marquée par l’adoption d’une résolution qualifiée «d’historique» par ses promoteurs, sur la compensation des dégâts causés par le changement climatique déjà subis par les pays les plus pauvres. La question des «pertes et dommages» climatiques a failli faire dérailler la conférence, avant de faire l’objet d’un texte de compromis de dernière minute. Même si le texte laisse de nombreuses questions en suspens, il acte le principe de la création d’un fonds financier spécifique.

«Cette décision, accueillie par des applaudissements nourris, est l’aboutissement d’une demande que les pays du Sud portent depuis trente ans», note Le Monde qui poursuit en soulignant qu'«après un été de catastrophes climatiques, et notamment les dramatiques inondations au Pakistan qui ont fait 1700 morts, les pays développés ne pouvaient plus fermer (cette) porte. L’UE a réalisé un revirement spectaculaire en acceptant le principe du fonds, permettant de le faire adopter. Puis les Etats-Unis ont rallié cette position.»

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Les délégations occidentales ont bataillé ferme pour éviter un pas en arrière. Concernant l’utilisation du charbon, la frustration est grande. La COP26 avait déjà vu l’engagement de sortir du charbon modifié à la dernière minute par une promesse de seulement réduire son utilisation progressivement. A l’issue de la conférence, «même l’appel inédit à accélérer le déploiement des renouvelables est assorti d’une faille: il s’accompagne d’une mention sur les «énergies basses émissions», laissant la porte ouverte au gaz», rappelle le journal français.

De vaines tentatives

L’Inde et un groupe de 80 pays, dont les membres de l’Union européenne, avaient en effet proposé d’inclure dans le texte final le principe d’un abandon progressif de toutes les énergies fossiles – et pas seulement du charbon –, mais la tentative «s’est avérée un fiasco, face au blocage de plusieurs nations, dont la Chine et l’Arabie saoudite», rapporte CNN.

Analysant le bilan de cette COP27, Libération dénonce un accord «a minima», en décalage avec «la gravité de la situation». «Il fut un temps où l’on se serait félicité du verre à moitié plein. Mais l’urgence climatique impose de ne plus se satisfaire de l’accord en demi-teinte arraché après trente-six heures de prolongation des négociations», regrette le quotidien français. Une déception partagée par la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock, citée par la Deutsche Welle: «Il est extrêmement frustrant de voir des mesures urgentes sur la sortie progressive des énergies fossiles bloquées par un certain nombre de grands émetteurs et de producteurs de pétrole».

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