Opinion

Pour l’utilisation des smartphones en classe

OPINION. L'utilisation des smartphones par les élèves est interdite dans les écoles vaudoises dès cette rentrée. Plutôt qu'interdire, on devrait au contraire mieux apprendre à s'en servir à l'école, plaide l'expert en éducation aux médias Jean-Claude Domenjoz

Dès la rentrée, les élèves du canton de Vaud ont l’interdiction d’utiliser leurs appareils numériques personnels durant le temps scolaire, y compris pendant les pauses et les récréations. La décision édictée par la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC), de prohiber l’usage de ces appareils à l’école vise à favoriser «la concentration et la capacité d’apprentissage des élèves, ainsi que les échanges sociaux et ludiques entre pairs». Une expérience pilote menée dans dix établissements vaudois pendant l’année scolaire 2018-2019 aurait permis de mettre en évidence la diminution du cyberharcèlement et l’amélioration du travail scolaire des élèves a déclaré la cheffe du DFJC (Forum, RTS, 27/6/2019).

Cette décision très médiatisée s’inscrit dans le mouvement d’ensemble d’interdiction des téléphones portables à l’école. Ces mesures témoignent de l’échec, que l’on peut espérer provisoire, de l’éducation aux médias et à l’information. Certes, l’utilisation des appareils numériques peut donner lieu à des comportements problématiques: cyberdépendance, cyberharcèlement, diffusion de contenus violents, sexting, etc. Les risques auxquels sont exposés les enfants et les jeunes par le truchement de leurs appareils connectés à l’internet sont bien réels et les conséquences de certains agissements très graves. Mais les appareils connectés font désormais partie de leur quotidien. C’est d’ailleurs parce que ceux-ci «sont devenus omniprésents» qu’il faut les interdire précise le décret. Au contraire, c’est bien parce que leur usage est devenu universel que l’école devrait chercher à intégrer les appareils numériques personnels des élèves plutôt que d’en proscrire l’usage. En effet, 99% des jeunes possèdent un téléphone portable et plus de la moitié passent plus de deux heures et demie quotidiennement sur leur smartphone la semaine et 3 heures le week-end, principalement pour se divertir via les médias sociaux. Si l’interdiction des appareils connectés des élèves permet de s’assurer que les appareils ne perturbent plus directement le fonctionnement scolaire, les conséquences pernicieuses dans l’enceinte scolaire des comportements problématiques signalés précédemment pourront continuer à affecter les enfants qui en sont victimes, car le temps scolaire ne représente qu’une partie limitée de leur temps disponible.