Un jouet aux Etats-Unis, un petit lutin vêtu de rouge qui se vend en coffret avec un conte de Noël intitulé Elf on the Shelf (l’elfe sur l’étagère), est si populaire qu’il a son effigie en forme d’un ballon géant dans le fameux cortège annuel de Macy’s, à l’occasion de Thanksgiving.

Le petit livre avec son personnage, paru en 2004 et vendu des millions d’exemplaires, raconte l’adoption d’un elfe doté de pouvoirs magiques, qui surveille les enfants pour savoir s’ils ont été sages ou méchants.

Tous les jours pendant le mois de décembre, l’elfe observe leurs comportements. Et toutes les nuits pendant qu’ils dorment, il se rend au pôle Nord pour faire un rapport au Père Noël.

Au matin le lutin est placé (par les parents) à un nouvel endroit dans la maison. L’enfant doit le trouver, mais sans jamais le toucher – auquel cas il perdrait tous ses pouvoirs magiques.

Les parents s’en donnent à cœur joie et publient sur Pinterest les photos des lieux improbables où ils l’ont perché.

Pourtant une étude publiée par des chercheurs canadiens ne voit pas ces mises en scène d’un bon œil. Avec sérieux, ils partagent leur inquiétude: «En introduisant ce personnage dans nos foyers, nous préparons une génération future à accepter sans questionnement l’espionnage par une autorité supérieure, au sein même de la sphère privée. C’est normaliser les méthodes d’un Etat sécuritaire.»

Les dérives de la surveillance, un sujet d’actualité. Le lancement de la poupée connectée «Hello Barbie», capable de tenir une conversation avec un enfant, va bien au-delà du monde imaginaire du lutin sur l’étagère. Les échanges enregistrés sur les serveurs du fabricant afin d’améliorer les performances du logiciel risquent de porter atteinte à la vie privée, mais ces mêmes fichiers audio envoyés aux parents par esprit de transparence risquent de nuire encore plus gravement au rapport de confiance que les enfants entretiennent avec leurs parents, lorsqu’ils le découvriront.

Peut-être faut-il voir les choses autrement. En offrant ces jouets, c’est l’occasion d’expliquer aux enfants les risques de dérapage liés à la surveillance et à la mise sur écoute.

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