Opinion

L’utopie du RBI est enterrée, il faut réfléchir à d’autres pistes

Le RBI n’offrait pas de solution réaliste, mais les questions que pose notamment un rapport différent des jeunes générations au monde du travail méritent une réflexion approfondie, pense la conseillère nationale Géraldine Marchand-Balet (PDC/VS), qui a combattu le revenu de base

A une très nette majorité, le peuple suisse a rejeté l’utopie du RBI. Un changement de paradigme aussi radical n’est pas souhaitable pour notre pays. La valeur du travail est importante pour les Suisses. Chacun doit pouvoir trouver sa place dans la société, notamment par le travail qui doit permettre de subvenir à ses besoins.

Les assurances sociales jouent un rôle subsidiaire – le fameux filet social. Que ce soit l’AVS, l’AI ou l’assistance sociale, chacune de ces institutions n’a de cesse d’améliorer l’efficacité de son fonctionnement. Il serait cependant naïf de croire que la situation est parfaite, les assurances sociales doivent faire face à de nombreux défis, comme le vieillissement de la population.

Les réformes en cours ou à venir de l’AVS ou de l’AI sont des étapes qu’il s’agira de bien négocier pour maintenir et améliorer l’adéquation du filet social aux défis de notre époque. Le système actuel n’est donc pas si mauvais, nul besoin de tout chambouler avec le RBI.

Le monde du travail évolue

Il parait toutefois opportun de prolonger la réflexion sur quelques thématiques pertinentes que cette initiative aura eu le mérite de soulever.

Le monde du travail évolue avec l’apparition de nouveaux métiers, de nouvelles technologies, de nouvelles formes d’organisation. Mais nous sommes encore bien loin d’une économie qui n’emploie des humains que pour les tâches dématérialisées, laissant à la robotique le traitement des tâches physiques.

Cette évolution de l’économie se fait en parallèle à une évolution des parcours professionnels, ces deux évolutions s’influençant sans doute mutuellement. Désormais, il est rare d’observer des parcours de carrière linéaires où l’individu accomplit sa vie durant la tâche sur laquelle il a été formé avant ses 20 ans. Les changements d’orientation sont devenus monnaie courante, et les possibilités de formation continue les facilitent.

Enfin, l’arrivée des générations Y et Z sur le marché du travail met en évidence une modification du rapport des individus au travail. Le travail n’est clairement plus un but en soi ni une priorité pour ces générations. L’activité lucrative doit se combiner avec des activités associatives ou communautaires, des loisirs, une vie de famille. Ces nouvelles attentes, parfois en décalage avec le fonctionnement des entreprises se traduisent par une forte propension à l’indépendance ou aux nouvelles formes d’organisation du travail du point de vue pratique, tel que le travail à domicile.

Concilier avec souplesse vie professionnelle et familiale

Ce serait une erreur de ne pas prendre en compte ces attentes, et de ne pas accorder l’attention nécessaire aux besoins des nouvelles générations, qui ne se contenteront pas d’un emploi «classique» pour s’épanouir.

La question est donc de savoir ce que doit faire l’Etat pour répondre à ces mutations. Le succès de la Suisse tient en grande partie dans l’équilibre entre le rôle de l’Etat qui se contente d’assurer les conditions-cadres, et celui de l’économie qui bénéficie de ces conditions pour créer de la richesse.

Je suis donc convaincue que l’Etat doit se concentrer sur le maintien et le développement de conditions-cadres favorables, que ce soit en termes d’infrastructures (mobilité, télécommunications, énergie, sécurité), de formation et d’encouragement à l’innovation. Par ailleurs, et c’est un cheval de bataille du PDC, nous devons aussi poursuivre notre engagement permettant de concilier avec souplesse vie professionnelle et vie familiale.

L’économie quant à elle a tout intérêt à s’adapter aux attentes des nouvelles générations. Un salarié épanoui est un atout inestimable pour l’entreprise, chaque patron averti le sait.

Le refus du RBI ne doit donc pas nous faire oublier que nous devons poursuivre nos efforts pour maintenir et développer un système d’assurances sociales performant et des conditions-cadres permettant à l’économie de répondre aux défis de notre temps et aux attentes des nouvelles générations.

Publicité