François Mitterrand et Jacques Chirac auraient examiné le cas genevois avec délectation. La Ville de Genève est entrée dans ce qu’on appelait naguère en France la cohabitation. L’exécutif communie à gauche – à l’exception du nouveau maire de Genève Guillaume Barazzone. Le Conseil municipal penche à droite, pour la première fois depuis 1991. La situation n’est pas inédite en Suisse, sauf qu’au bout du lac, elle prend une tournure pathologique. Preuve: en décembre, le camp bourgeois décidait de couper dans les budgets, 7,5 millions sur 1,1 milliard de francs, dont 2,5 pour le secteur culturel. Dérisoire, dites-vous? Ce n’est pas ainsi que la gauche, les Verts et une nuée d’associations l’ont entendu: la population votera ce week-end sur le bien-fondé de ces économies.

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Qu’est-ce qui se joue ici? Une bataille à l’évidence symbolique, tant les montants paraissent modestes. La droite affirme légitimement sa volonté de reprendre la main. Elle suggère qu’une autre politique est possible, souhaitable de son point de vue. Sauf qu’on peine à discerner une vision qui ne saurait se résumer à la formule: «Il faut en finir avec la politique de l’arrosage.». Rien d’autre à proposer à ce stade que des coupes linéaires, c’est-à-dire à l’aveugle, ce qui représente le degré zéro de la politique.

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Difficile dès lors de ne pas comprendre la colère de milieux associatifs prompts à bouillir en chaudron, ce d’autant que les coupes ont été annoncées alors que les comptes de la Ville présentaient un boni de 8 millions – revus par la suite à la hausse à 40 millions. Ces mêmes milieux n’auront pas toujours raison. Il se pourrait que dans un futur proche, quand la réforme sur l’imposition des entreprises entrera en vigueur, il faille repenser non pas forcément l’offre qui fait de Genève une capitale culturelle, mais ses modes de financement. Sur ce plan-là, une certaine gauche présente aussi des raideurs idéologiques dont il faudra s’affranchir.

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La situation inédite que Genève traverse est l’occasion pour les héritiers de Guy-Olivier Segond et de Martine Brunschwig Graf de faire entendre à leur tour une ambition culturelle de droite. C’est de cette vitalité aussi dont on a besoin pour échapper aux discours pavloviens. Sinon, le risque est grand que la cohabitation tourne à la guerre picrocholine, comme on dit au pays de Gargantua. Ce qu’on pourrait aussi appeler une fracture culturelle.

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