Bien sûr, la «Gründlichkeit», cette volonté typiquement allemande d'aller au fond des choses, d'être le premier de classe, peut agacer parfois. Mais si le gouvernement allemand a choisi de se fixer un objectif ambitieux pour la réduction de ses émissions de CO2 - 40% d'ici à 2020, le double de l'Union européenne -, ce n'est pas juste pour le plaisir de faire la leçon au reste du monde. Surtout que le pays continue d'exploiter des centrales à lignite, les plus polluantes qui soient.

L'Allemagne, qui a expérimenté dans la Ruhr, dans les villes industrielles de l'Ouest comme de l'Est, les effets désastreux de la pollution industrielle sur la forêt, les sols et les rivières, sur l'économie et l'emploi, et finalement sur l'être humain, a juste pris conscience de l'interdépendance de l'humanité face au réchauffement climatique.

Mais elle a vu aussi, plus vite que d'autres, non seulement les obligations, mais aussi les opportunités qui s'ouvraient ainsi à elle. «Des technologies et des produits innovants, économes en énergie, ce sont les forces de notre industrie. Et ils offrent une contribution incontournable à la protection du climat», a expliqué au début de la semaine la chancelière Angela Merkel au congrès de la CDU.

Occasion de réduire sa dépendance à un pétrole toujours plus cher, possibilité de se placer en leader sur les économies renouvelables, le programme allemand de réduction du CO2 est aussi une ambitieuse réorientation économique et industrielle.

Même soutenus par un généreux programme financier, les changements d'attitude exigés des consommateurs et de l'industrie constituent certes un défi considérable. Mais chacun a fait ses calculs, les économies devraient l'emporter sur les investissements.

L'Allemagne a certes des idéaux, mais, comme dirait la chancelière, «ce n'est pas le pays de l'innocence naïve».

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