Ne mégotons pas sur les termes: en avertissant les Vaudois de la facture fiscale qui leur tombera sur la tête au cas où ils acceptent le projet de métro M2, et en choisissant de le faire à dix jours du scrutin, le président du Conseil d'Etat Charles-Louis Rochat a piétiné le principe de collégialité que ses collègues socialistes avaient été mal inspirés d'écorner une semaine plus tôt à propos de la Banque cantonale. Mais s'agissant d'un dossier aussi stratégique, son geste provoque un spasme bien plus grave. L'image d'efficacité du jeune gouvernement aura du mal à s'en relever. Et l'on voit mal que la confiance revienne dans un collège ébranlé par celui qui devrait en incarner la discipline.

Aussi contestable que soit la manière du président libéral, la crise ne tombe pourtant pas du ciel. L'unanimité autour du projet M2 a fait taire, en début de campagne, quelques dures réalités qui se rappellent maintenant aux Vaudois. L'endettement colossal du canton et l'incapacité de l'Etat à réduire son coût de fonctionnement faisaient déjà douter de l'opportunité d'un tel chantier. Les calamités de la Banque cantonale et l'assombrissement conjoncturel amplifient aujourd'hui le malaise.

Nul ne conteste l'ambition du projet de métro Ouchy-Epalinges. Les objections techniques soulevées par ses opposants viennent tard pour convaincre du contraire. Elles ne proposent aucune solution alternative aux problèmes de l'agglomération lausannoise, aucune autre perspective de développement. Mais l'aggravation de la situation économique commande de dire que le canton ne pourra s'offrir un métro, des EMS, un nouvel hôpital et de nouvelles écoles sans une réduction résolue de ses charges courantes, ou sans une augmentation de ses impôts. Au fond, il appartenait au Conseil d'Etat de dire ce que son président déclare aujourd'hui, en inscrivant ce projet dans une définition de ses priorités et des sacrifices. Faute d'un tel discours, il risque en cas d'échec devant les citoyens d'assumer une responsabilité aussi lourde que Charles-Louis Rochat et sa torpille de la dernière heure.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.