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Manifestation contre la réforme de la SNCF. Paris, 14 mai 2018.
© ERIC FEFERBERG

Planète éco

Macron et les cheminots

OPINION. Mettre à genoux les cheminots, c’est clore une longue histoire où la légitimité que confère une élection est relative, soumise à une autre légitimité, celle des grèves et de la rue, écrit notre chroniqueur Charles Wyplosz

Depuis presque deux mois, les cheminots sont en grève en France deux jours sur cinq. Ils ont, semble-t-il, l’intention de continuer ce qui ressemble de plus en plus à une bataille perdue. Si c’est le cas, ce sera une preuve supplémentaire que la France a changé, ce qui peut paraître paradoxal. La France n’est-elle pas le pays où les grèves sont une sorte de rite? En réalité, il se passe quelque chose de nouveau. Le simple fait que la grève dure si longtemps et que l’opinion publique prenne son mal en patience est déjà un signal fort. Plus spectaculaire encore est le fait que le gouvernement ne vacille pas. En d’autres temps, il aurait déjà cédé face à une opinion publique exaspérée par sa rigidité. On peut penser que la placidité du public est due à la forme de la grève, qui, étant épisodique, réduit les inconvénients pour les usagers. C’est possible, même si ceux qui prennent le train tous les jours pour aller travailler ne peuvent pas planifier leurs voyages pour échapper à la grève. Mais il y a plus.

La fin de la solidarité avec les cheminots

Le choix fait par les syndicats d’une «grève perlée» révèle leur crainte d’être impopulaires. C’est nouveau. Dans le passé, ils n’hésitaient pas à bloquer le trafic ferroviaire, longtemps s’il le fallait, car ils étaient soutenus par une partie importante de l’opinion publique. Cette fois-ci, ils ont anticipé qu’il leur serait difficile d’attirer la même sympathie. Des pans entiers de l’opinion publique ne se sentent plus solidaires des cheminots, qu’ils considèrent comme privilégiés par rapport aux autres salariés, qui n’ont pas de garantie d’emploi, qui partent plus tard à la retraite pour toucher des pensions moins généreuses et qui doivent se battre contre la concurrence.

Faire sauter les verrous

De plus, les temps ont changé. La pratique du covoiturage a explosé depuis le début de la grève grâce à des applications disponibles sur les smartphones. L’idée que la sacro-sainte SNCF perde son monopole ne choque plus. La concurrence n’est plus considérée comme une menace injuste pour les salariés mais comme la promesse d’un meilleur service à un moindre coût. C’est un changement radical et très probablement durable. Est-ce Emmanuel Macron qui a convaincu ou est-ce une conversion spontanée? Il faut se rappeler qu’il y a un an, la France était submergée par une vague de pessimisme face à l’incapacité de ses dirigeants politiques à faire évoluer le pays. Les réformes qui se succèdent maintenant à un rythme rapide ne plaisent pas à tout le monde, et chacune déplaît à ceux à qui elle s’applique, mais le pays semble soulagé de voir Emmanuel Macron faire sauter les verrous qui bloquent depuis des décennies toute velléité de réforme.

Tâche réputée impossible

Un autre aspect de cette grève est intéressant. La transformation de la SNCF n’était pas inscrite au programme électoral d’Emmanuel Macron. Pourquoi a-t-il donc engagé cette réforme qui a terrifié ses prédécesseurs? Probablement parce que les réformes mises en œuvre depuis son élection passaient avec une incroyable facilité. Porté par cette vague, il a sans doute considéré que le moment était venu de s’atteler à une tâche réputée impossible. Un formidable coup de poker qui pourrait lui permettre, s’il gagne, d’amplifier encore ses réformes. Mettre à genoux les cheminots, c’est clore une longue histoire où la légitimité que confère une élection est relative, soumise à une autre légitimité, celle des grèves et de la rue. C’est un point sur lequel le gouvernement insiste. Il dit «comprendre» la position des cheminots mais répète qu’il a été élu pour servir l’intérêt collectif, s’il le faut au détriment de certains intérêts particuliers.

Les résultats seront-ils au rendez-vous?

Et maintenant? Les cheminots et tous ceux qui veulent défendre la légitimité sociale savent qu’ils font face à un tournant historique. Ils vont tout essayer, y compris d’autres grandes manifestations. A un moment donné, il faudra bien en sortir, et le gouvernement devra ouvrir une porte de sortie. S’il reste en position dominante, il offrira de petites concessions, d’ailleurs déjà esquissées, essentiellement sur le statut futur des employés et sur l’absorption de la dette accumulée par la SNCF, mais sans remettre en question le cœur de la réforme (fin du statut spécial, ouverture à la concurrence). A partir de là, le rythme des réformes pourra s’accélérer dans toutes les directions. La France aura changé. Mais, pour éviter un retour de balancier, il faudra que les résultats soient au rendez-vous, surtout la baisse durable du chômage et le partage équitable des fruits de la croissance retrouvée.

Lire la chronique Planète Eco précédente: La Chine au sommet du monde?

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