EDITORIAL

Macron contre Trump, deux visions du monde à Davos

EDITORIAL. Les deux chefs d’Etat ont fasciné les participants du Forum de Davos, l’un pour de bonnes raisons. L’autre pas

C’est un Davos en demi-teinte qui se termine. Un effet peu reconnu, mais important, du World Economic Forum tient au fait que cette manifestation reste une formidable machine à créer du consensus auprès des grands décideurs. Comme les sondages servent à cristalliser l’opinion à un moment donné – quitte à être ensuite invalidés par les urnes –, de telles réunions permettent de dégager une ligne plus ou moins claire quant aux événements à venir.

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L’édition de cette année du WEF a pris trop de chemins de traverse pour donner une impression de cohérence. Pourtant, à entendre les banquiers et les dirigeants d’entreprise, pour certaines questions c’est assez clair: le boom des marchés financiers va se poursuivre, la croissance aussi, et il est urgent de se préoccuper des cryptomonnaies comme de bon nombre de technologies déstabilisantes pour nos sociétés.

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Sur le plan politique, c’est moins clair. Emmanuel Macron a pris toute la lumière grâce à sa vision très articulée d’un projet politique «en même temps» libéral et social. Une troisième voie à lui tout seul, pourrait-on dire si l’expression n’avait pas sombré avec la réputation de son champion de l’époque, Tony Blair.
Davos dure une petite semaine, et ce qui se dit le mardi ne vaut parfois plus grand-chose en fin de parcours. Alors que bon nombre d’intervenants se sont inquiétés de la fragmentation du monde durant la première phase du Forum, tout a basculé vendredi avec un président américain transformé en camelot, venu vendre sa réforme fiscale et dénoncer les réglementations.

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Seule concession au temple de la mondialisation qu’est le WEF, Donald Trump a annoncé vouloir reprendre des discussions commerciales avec des pays à qui il avait jusqu’ici tourné le dos. Pour le reste, le président américain s’est attribué tous les mérites dans un discours aussi fade que puéril.

Macron et Trump. Difficile d’imaginer contraste plus fort. Le Français adepte de la pensée complexe d’un côté, l’Américain complètement désinhibé de l’autre. Ils ne boxent décidément pas dans la même discipline. Ces deux personnages sont, chacun à sa manière, des bêtes politiques nées. Et la fascination a d’ailleurs joué à plein avec l’un et l’autre à Davos. Avec l’un parce qu’il a livré un discours puissant qui montrait sa capacité à prendre à bras-le-corps les défis contemporains sur lesquels ses prédécesseurs s’étaient cassé les dents. Avec l’autre parce qu’il est… apparu. Et c’est bien le problème avec l’hôte de la Maison-Blanche: il lui suffit de se montrer et un public qui espère une pitrerie de sa part se forme immédiatement.

Klaus Schwab serait sorti grandi en montrant plus clairement sa préférence pour un jeune leader tourné vers l’avenir plutôt que pour un amateur de tours de passe-passe à l’ancienne. Le narratif de Davos en serait sorti renforcé.

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