Puisqu’il est impossible d’éteindre les colères, courons le risque de les attiser pour ancrer, peu à peu, la «transformation» de la France… Après une fin d’année 2019 polluée par la guerre de tranchées syndicats-gouvernement sur le projet de réforme des retraites – présenté ce 24 janvier en Conseil des ministres – ce constat résume à peu près le calcul d’Emmanuel Macron.

Pris de nouveau en embuscade vendredi par ses opposants dans un théâtre parisien, le chef de l’Etat français semble avoir perdu l’espoir d’une accalmie sociale durable. Il sait que l’Acte II de son quinquennat ne pourra pas être apaisé. La pré-candidature de Marine Le Pen, dont le Rassemblement national progresse dans les sondages et devrait marquer des points aux municipales en mars, a lancé la campagne présidentielle. Les fractures ouvertes depuis 2017 paraissent donc assurées de perdurer, voire de s’envenimer.

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Pas de consensus majoritaire

Ce constat présidentiel va de pair avec une autre réalité: Emmanuel Macron sait qu’il manque d’alliés et ne peut donc pas compter sur des «boucliers» pour le protéger et défendre son bilan. La droite traditionnelle, qui n’en finit pas d’exploser, espère trouver dans le prochain scrutin local une occasion de se reconstituer. La gauche socialiste, dont le syndicat CFDT est finalement le meilleur représentant politique, ne fait toujours pas confiance à ce locataire de l’Elysée arrivé au pouvoir après l’avoir trahi (lequel le lui rend bien).

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Les écologistes, enfin, font monter les enchères, dopés par leur bon score aux élections européennes. La place pour un possible consensus majoritaire face aux extrêmes est donc, à deux ans de la présidentielle d’avril-mai 2022, réduite comme peau de chagrin.

Eviter l’enlisement

Que faire dans cet «archipel français» où chacun se replie sur soi et sur ses avantages? La réponse de Macron est d’avancer, sans illusions sur le risque de casse sociale et policière, avec la conviction qu’une fois les réformes digérées les résultats économiques et la peur de l’extrême droite lui permettront d’obtenir l’indispensable majorité pour être réélu.

Obsédé par l’enlisement de son prédécesseur, François Hollande, ce jeune président de 42 ans estime aujourd’hui trop coûteux et trop épuisant de construire sans cesse des ponts trop vite détruits entre les îles de cet archipel. Sa politique est de se frayer un chemin coûte que coûte entre les icebergs français. Avec tous les risques que cela entraîne.