Editorial

Macron ou l’échec d’un réformisme

La présence du jeune loup social-libéral au gouvernement était le signe d’une France prête à se réformer. Son départ enterre cet espoir, du moins provisoirement

Le départ d’Emmanuel Macron enterre un espoir, celui de réformer la gauche française de l’intérieur.

Durant son bref passage au gouvernement, cet iconoclaste a incarné la jeunesse, l’audace, la capacité de briser les vieux tabous socialistes, des 35 heures au Code du travail. Il aura surtout essayé – sans prendre trop de gants – de réconcilier son camp avec le secteur privé, vu comme un pourvoyeur d’emplois et de richesses bien plus efficace que les innombrables dispositifs étatiques dont la France est encombrée.

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A contrario, la défection de ce réformiste décomplexé montre que ses idées restent intolérables pour les socialistes orthodoxes. Le constat est déprimant: faudra-t-il que la gauche meure en France pour que le changement y devienne possible?

Désormais seul, Emmanuel Macron doit trouver les moyens de continuer à peser sur l’agenda politique. Il peut se présenter à la présidentielle. Ce faisant, il fragmenterait un peu plus un paysage cacophonique, où se bousculent déjà 13 candidats à la primaire de droite et bientôt cinq présidentiables déclarés à gauche.

L’arc de cercle populiste

Emmanuel Macron en est convaincu: la politique française a besoin d’une recomposition radicale. Pour redevenir lisible, elle doit refléter les clivages décisifs, notamment celui qui oppose le libéralisme global, dont Emmanuel Macron incarne la face éclairée, au populisme protectionniste, identitaire et autoritaire prôné par un large arc de cercle allant de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.

Quitter le pouvoir aujourd’hui, se lancer en solo demain, c’est faire exploser un peu plus l’opposition gauche-droite, qu’il juge obsolète. Mais pour exister vraiment, pour accomplir quelque chose, il lui faudra revenir au pouvoir. Le chemin pour y parvenir s’annonce semé d’embûches, et de concurrents.

Sans parti, sans espace politique autre que la minuscule élite socio-libérale, Emmanuel Macron a tout de même deux atouts dans sa manche. L’argent, qu’il séduit par ses idées et son talent, et la jeunesse entrepreneuriale, qui se reconnaît dans sa volonté de revitaliser la France, loin des appareils politiques. Il n’est pas sûr que cela suffise pour s’imposer. Mais c’est l’espoir qu’incarne désormais Emmanuel Macron.

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