La communauté des Français de l'étranger n'est pas un baromètre fiable pour évaluer les chances d'un candidat à l'Elysée. Leur style de vie, leur choix de s'éloigner des frontières nationales font d'eux des électeurs différents. Ils sont, en revanche, un excellent miroir tant leurs demandes, leurs besoins, reflètent ce qui manque à la France de 2017 pour une intégration réussie dans la mondialisation. D'où l'importance des propositions formulées à leur égard par les principaux candidats, en particulier par ceux qui, tels François Fillon et Emmanuel Macron, entendent miser sur l'entreprise, l'ouverture économique et la compétitivité. 

Entre ces deux hommes qui, contrairement à Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, ne défendent pas une vision étatiste et protectionniste et un affrontement avec l'Allemagne sur l'avenir de l'Union européenne, le vote de ce public expatrié s'annonce disputé. Le premier, s'émancipant de la droite colbertiste à la française, fait le pari d'une rapide rupture libérale et promet de tailler dans les emplois publics. Le second, ancien ministre de François Hollande, est moins tranché dans ses réformes qu'il propose d'étaler davantage. Contrairement à son adversaire de droite, le fondateur «d'En Marche !» n'abrogera pas, par exemple, deux «totems» sociaux souvent incompris à l'étranger: les 35 heures de travail hebdomadaires et l'Impôt de solidarité sur la fortune. 

La vraie bataille, toutefois, se jouera sans doute sur deux autres terrains, décisifs pour les Français de l'étranger. Le premier, que François Fillon met en avant, est l'enjeu régalien. La France, après le quinquennat compliqué qui s'achève, a besoin d'un président qui l'incarne dans le monde. Il en va de sa stature et de sa connaissance des enjeux géopolitiques. Mais un autre élément est à prendre en compte à l'heure d'internet: l'image, l'audience internationale. On voit combien Emmanuel Macron, à 39 ans, peut aussi séduire sur ce plan. 

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Le second terrain est celui du renouvellement. Les Français de l'étranger se plaignent souvent du «système», des politiciens, à leur goût trop «professionnels» et d'une technocratie autiste. Qui, pour représenter l'espoir d'un changement, entre l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy et l'énarque brillant recruté par François Hollande en 2012 ? Là aussi, l'outsider Emmanuel Macron a des atouts. Sa jeunesse est en soi son programme, aussi compliquée que soit l'obtention d'une future majorité législative. 

Le duel n'a pas encore eu lieu. Mais entre Fillon et Macron, la campagne a modifié la donne: le favori, pour ces électeurs expatriés, n'est plus celui que sa victoire à la primaire de la droite paraissait avoir déjà propulsé sur les marches de l'Elysée.

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