Un sommet européen est rarement un grand moment d’inspiration communautaire. Focalisés sur les sujets dont ils doivent débattre en moins de 24 heures chrono, pressés de revendiquer leurs prétendues victoires, les dirigeants des pays membres étalent d’ordinaire à Bruxelles le spectacle de leurs divergences.

Ce jeudi a pourtant dérogé à la règle. Présent pour la première fois au Conseil européen aux côtés des 27 autres chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE (la Britannique Theresa May s’est ensuite absentée pour laisser ses pairs discuter du Brexit), Emmanuel Macron a fait carton plein. Sa conférence de presse était bondée.

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Sa promesse de travailler d’arrache-pied à «une Europe qui protège» sur le plan commercial et social – formulée la veille dans l’entretien accordé au Temps – a été entendue. A l’évidence, l’Union, déboussolée par le Brexit et la surenchère xénophobe venue de l’Est, compte sur lui pour retrouver un cap. Un défi qu’Angela Merkel, séduite, dit vouloir relever avec son partenaire de l’Elysée.

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Fixer une direction, néanmoins, ne suffira pas. Sur tous les sujets, de la Russie à la fameuse directive sur les travailleurs détachés vilipendés par les employés des entreprises françaises menacés de perdre leur emploi, la manière de faire l’Europe doit être révisée. L’évitement qui consiste à formuler, à chaque sommet, des «conclusions» prometteuses (comme ce fut le cas hier sur les coopérations en matière de défense) sans les assortir d’obligations de résultats est intenable.

Même cette référence à l’Europe protectrice – ce mantra dont raffolaient aussi Nicolas Sarkozy puis François Hollande – ne fait plus illusion. Pour paraphraser la fameuse saillie du général de Gaulle en décembre 1965, «sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe, l’Europe» est, même avec les nuances macroniennes, une impasse programmée.

Fort de son engagement européen et de sa légitimité politique domestique, le nouveau président français doit rapidement imposer les débats qui font mal, et profiter du Brexit pour faire avancer ses solutions. La méthode Macron ne peut pas se résumer au diagnostic. Il faut maintenant entamer le traitement. En privilégiant ceux qui, à la table des 27 mais aussi à leur périphérie, ont encore envie d’Union.

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