Revue de presse

Madère se ridiculise aux yeux du monde entier avec son aéroport Cristiano-Ronaldo

Près de Funchal, la porte d’entrée touristique de l’île portugaise porte désormais le nom de CR7. Avec, dans son hall de départ, un buste du footballeur si raté qu’il fait s’esclaffer toute la Toile

L’événement est rare, à double titre. Petit a) imaginons que Paris, par exemple, décide de rebaptiser son aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en Roissy-Zinédine-Zinedane. Petit b) constatons que l’événement est si ridicule que pour une fois, l’île portugaise de Madère se trouve soudain propulsée devant les yeux du monde entier. Pourtant, c’est bien arrivé à l’aéroport de Funchal, la capitale de cette île dont est originaire la star internationale du football Cristiano Ronaldo. On lui a donc donné son doux nom «lors d’une cérémonie qui s’est tenue mercredi 29 mars. Une décision du gouvernement local de l’île qui a suscité» un chaud débat dans tout le Portugal, relève Courrier international.

A 32 ans, CR7 a déjà «sur sa terre natale un musée consacré à sa carrière», une statue haute de 3 m 40 dont le short moulant a suscité quantité de railleries lors de son inauguration en 2014, un hôtel à son nom et désormais cet «aéroport international renommé en son honneur», résume le quotidien portugais de référence Publíco. Pour une fois, tout le gratin lisboète avait fait le déplacement vers Madère: le premier ministre et le président portugais, Antonio Costa et Marcelo Rebelo de Sousa, ainsi que 5000 admirateurs de l’icône nationale.

Une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre. «L’aéroport Cristiano-Ronaldo défie les limites du ridicule», titre ainsi le quotidien sportif espagnol As, d’habitude assez peu enclin à faire de l’ombre sur le bel et grand Ronaldo. Il aurait sans doute «été plus juste de l’appeler Alberto-João-Jardim, du nom du gouverneur historique de l’île durant les dernières décennies, «pour la lutte qu’il a menée contre le gouvernement central et les institutions européennes pour le bien de sa région». C’était le président du gouvernement régional de Madère entre le 17 mars 1978 et le 20 avril 2015, soit pendant plus de trente-sept ans!

Evidemment, poursuit Courrier int', «au Portugal comme ailleurs, il est d’usage de donner aux grandes infrastructures le nom de personnes célèbres», mais en général elles sont décédées et «passées à la postérité». Mais en 2006, l’aéroport de Belfast, par exemple, avait été renommé en l’honneur du Nord-Irlandais George Best, prédécesseur de Ronaldo parmi les légendes ayant porté le N° 7 de Manchester United, décédé l’année précédente.

Un attrape-touristes

Ici, c’est tout différent: on a affaire à de la pure communication. Avec le nom du quadruple Ballon d’or et capitaine de l’équipe du Portugal sacrée championne d’Europe l’été dernier, célèbre partout sur la planète, «l’idée des autorités locales est de donner une résonance internationale à leur île pour attirer davantage de touristes». Et certains pensent aussi, comme l’historien Ricoardo Serrano, cité par Publíco, «que c’est quand les gens sont encore vivants qu’on doit leur rendre hommage et les mettre en valeur».

Le débat se révèle donc quasiment identitaire, et c’est là qu’il faut ajouter un petit c). Car la polémique s’est corsée lorsque a été dévoilé au public sur place un buste en bronze à l’effigie du footballeur. Un buste «quelque peu surprenant», avec un visage si déformé et si grimaçant qu’il a «été tourné en dérision sur les réseaux sociaux», vu sa ressemblance toute relative avec celui du joueur du Real Madrid. Lequel a également été doté là-bas d’une plaque commémorative et d’une enseigne sur le fronton de l’aérogare, flanquée de son portrait.

Les images de ce buste peu flatteur, dit l’AFP, ont été largement diffusées «par des internautes stupéfaits ou hilares», qui le jugent «affreux», «immonde» ou «méconnaissable». Le Monde, citant le Guardian, indique qu’ils «ont partagé leur propre version […] sur Twitter avec le mot-clé #RonaldoBust.

Et puis, comme si cela ne suffisait pas comme ça, l’auteur du buste, Emanuel Santos, vexé, a défendu son œuvre, assurant que le très diplomate CR7 avait «aimé son travail»: «O Cristiano disse-me que gostou.» Et d’ajouter pour la radio portugaise Renascença, qu’il n’avait pas non plus reçu de critiques concernant ce buste et que les retours de ses amis Facebook avaient été «positifs»: «Cristiano a juste demandé de changer quelques rides trop saillantes qui lui donnaient un air plus vieux et de les effacer un peu pour paraître plus lisse et plus jovial». En vrai sur le terrain, cela donnerait à peu près ceci:

Mais l’artiste madérien a des arguments pour lui: «Représenter une personne publique est un défi surtout si on ne l’a pas près de soi pour prendre des mesures», dit-il en précisant qu’il n’avait travaillé que sur des photographies. Et «tout travail est sujet aux critiques, on ne peut pas plaire aux Grecs et aux Troyens, une sculpture c’est une sculpture, une photocopie c’est une photocopie».

La liberté d’expression artistique, vous connaissez? N’empêche, titre sobrement Le Huffington Post: «Quelque chose cloche sur cette statue de Cristiano Ronaldo.»

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