Editorial

Madrid-Barcelone: où est l’arbitre?

Autorités espagnoles et catalanes ont manqué toutes les occasions qui se présentaient à elles. Mais l’arbitre européen n’a guère été plus brillant

Entre une droite espagnole emprisonnée dans des réflexes d’un autre âge et des aventuriers indépendantistes qui ont sauté à pieds joints dans un déni de réalité, c’est un clair match nul. Aujourd’hui, en attendant l’issue du référendum qui devrait se tenir dimanche en Catalogne, c’est trop tard, le mal est fait. Pour poursuivre dans le registre sportif, il faudra se contenter d’attendre d’éventuelles prolongations, en priant pour que les blessures soient le moins graves possible dans les quelques jours qu’il reste de temps réglementaire. Et en espérant que, une fois dans les vestiaires, chacun reprendra enfin ses esprits.

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Un insondable mépris d’un côté, une cavalcade fantasmagorique de l’autre. S’il existait une médaille pour distinguer le pire moyen de résoudre une crise, dans notre Europe du XXIe siècle, tous les protagonistes de la débâcle catalane pourraient en réclamer leur part. Même si – il est vrai – les acteurs du Brexit seraient en droit, eux aussi, de prétendre au prix du mérite.

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Pour les Catalans, les occasions étaient pourtant nombreuses de faire preuve d’inventivité pour satisfaire la soif légitime, au sein d’une bonne partie de la population, d’une plus grande autonomie. Intervenir avec plus de détermination dans le jeu politique espagnol, chercher des alliances, poser des projets innovateurs sur la table: la classe politique catalane avait d’autant plus loisir de jouer un rôle politique, précisément, que l’Espagne institutionnelle est aujourd’hui sans aucun doute à reconstruire.

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En face, en jouant exclusivement les cartes du légalisme et du dédain, le parti du premier ministre, Mariano Rajoy, n’a rien arrangé, c’est un euphémisme. Le résultat? Ce spectacle, aussi grossièrement mis en scène qu’inquiétant, du déploiement de milliers de policiers, qui n’aura servi qu’à décupler une fois de plus les ardeurs de tous ceux qui, en face, alimentent les machines du jusqu’au-boutisme.

Au terme d’un match si nul et si affligeant d’inaptitude, il est de coutume de tenter de s’en prendre à l’arbitre. Or c’est la complication supplémentaire: cette partie s’est jouée, jusqu’ici, en l’absence totale de tout conciliateur. L’Union européenne? Mal à l’aise, la tête ailleurs, elle s’est contentée de répercuter, plutôt mollement d’ailleurs, les arguments légalistes déployés par les autorités espagnoles – «L’UE s’en tient à l’ordre constitutionnel et ne traite qu’avec les Etats» – en faisant mine de ne pas entendre ce qui est en jeu.

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Car l’appel d’Etat qui se déploie aujourd’hui en Catalogne n’est, au fond, qu’un cri du cœur en direction de l’Europe, à laquelle les indépendantistes catalans veulent rester collés sans nul détour par Madrid. L’UE peut prétendre qu’elle ne comprend pas cet enjeu, mais il est central pour elle, à l’heure de trouver une recette qui viserait à reconquérir le cœur des peuples européens. Tout comme les joueurs, l’arbitre lui aussi ferait mieux de se ressaisir rapidement au vestiaire.

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