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Ces mafieux, nos héros

CHRONIQUE. La sortie de «La paranza dei bambini», un film de mafia adapté d’un roman de Roberto Saviano, rappelle notre fascination pour les films de gangsters

Dans moins de trois mois sera enfin visible un des films les plus attendus de l’année: The Irishman, qui voit Martin Scorsese diriger… Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci! Le cinéaste new-yorkais revient à un de ses genres de prédilection, et c’est sacrément excitant. Au point que le magazine Première qualifie déjà cette coproduction Netflix de «film de mafia ultime». Car oui, The Irishman, en marge d’une sortie ultra-limitée dans quelques salles, sera mis en ligne par Netflix. En regardant le verre à moitié plein, on avancera que Scorsese n’aurait probablement pas réuni un tel casting sans la plateforme américaine, et que l’on s’accommodera donc parfaitement de la déception de ne pas découvrir le film sur un très grand écran.

Lire aussi:  Quand la mafia brouille la frontière entre réalité et fiction

The Irishman est attendu parce que Scorsese, parce que De Niro et Pacino, mais aussi parce que mafia. Car c’est un fait, les histoires de gangsters fascinent. Depuis Le Vol du grand rapide en 1903, avec ce cow-boy patibulaire pointant son colt en direction de la caméra, le cinéma ne cessera de mettre en scène des sales types, et souvent d’en faire des héros.

La loyauté comme valeur suprême

Si du Parrain à Casino en passant par Scarface les mafieux sont au cœur d’autant de grands films, c’est parce qu’ils nous parlent. Il y a chez eux un côté self-made-man, une tendance à atteindre la rédemption par le sacrifice, qui en font des figures populaires et universelles, au-delà même de leurs actes. Ils œuvrent en marge de la loi, mais en même temps ont érigé la loyauté en valeur suprême – tu nous trahis, on te fume. Les mafieux permettent souvent de poser un regard critique sur la société. Mais en marge des films romanesques de Scorsese, Coppola ou De Palma coexiste une autre tendance, incarnée cette semaine par la sortie de l’excellent La paranza dei bambini, de Claudio Giovannesi.

Adapté, comme Gomorra, d’un livre choc de Roberto Saviano, ce long métrage nous plonge dans la Naples de la Camorra, de cette mafia tentaculaire qui semble contrôler toute la ville. Mais sa particularité est d’avoir choisi des enfants comme personnages principaux. Des gosses paumés et marginalisés rêvant de fringues de luxe et de Rolex, et pour lesquels rejoindre un des clans qui se disputent les quartiers les plus pauvres de Naples semble être le seul moyen de s’en sortir. Au final, la fascination qu’ils ont pour la mafia évoque celle des spectateurs pour le film de gangsters. Cette intéressante mise en abyme n’en rend que plus intéressant ce film formidablement interprété et visuellement épatant qu’est La paranza dei bambini.


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