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Opinion

Magazines religieux de la RTS: une incompréhensible suppression

Alors que le fait religieux occupe plus que jamais l'espace public, les émissions à résonance spirituelle passent à la trappe. L'abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg, s'en émeut et en appelle à lancer une pétition

Jamais le fait religieux n’a été aussi présent dans l’espace public que ces dernières années, parfois dramatiquement il est vrai. Jamais autant qu’aujourd’hui on a pris conscience avec pareille acuité de la nécessité de considérer la dimension spirituelle de la personne humaine. Ainsi, selon plusieurs sociologues, c’est faute de trouver autour d’eux une ouverture à la transcendance dans leur vie, que des jeunes de familles de la petite bourgeoisie occidentale se radicalisent à l’islam djihadiste. Le philosophe valaisan Alexandre Jollien livre régulièrement une rubrique sur l’importance de la méditation au cœur de notre existence, dans un hebdomadaire féminin très largement répandu. Le pape François est sans doute l’une des voix les plus écoutées de la planète: il interpelle le Congrès et le Sénat américains, tant sur le réchauffement climatique que sur le danger des armes et la peine de mort…

Et c’est le moment que, fort étonnamment, la direction de la RTS choisit pour supprimer tous les magazines religieux œcuméniques, «Hautes Fréquences» sur la 1ère le dimanche soir, «à Vue d’Esprit» tous les jours sur Espace 2, ainsi que «Faut pas croire» le samedi en début d’après-midi sur RTS 1. Une décision proprement incompréhensible.

Des questions sociétales essentielles

Certes, la RTS est contrainte à des trains d’économies. Mais comment peut-elle justifier cette mesure en prétextant, comme l’a fait sa porte-parole Barbara Stutz, qu’elle «tient compte de différents critères, dont la capacité de concerner un large public»? Comme si la question de la place de l’islam et du christianisme dans le monde, des replis identitaires et du dialogue interreligieux, de la guérison intérieure et de la justice sociale planétaire, du respect de la création et de la paix, toutes problématiques éminemment religieuses, ne concernaient pas le «large public» et n’affectaient pas l’ensemble de la société!

Ce que la direction avance comme solution, à savoir que ces thématiques seront traitées ailleurs dans d’autres cases généralistes des programmes, me paraît aussi utopique que de prétendre pouvoir faire de l’enseignement religieux scolaire sérieux dans le cadre des cours d’histoire ou de littérature. Sans spécialistes qui traitent les sujets de manière approfondie et pertinente, le débat tendra vite à se cantonner dans des généralités ou des affrontements spectaculaires, et les objets religieux disparaîtront progressivement des préoccupations des programmateurs.

N’est-ce pas céder à la mode d’un laïcisme outrancier, dont la nouvelle mouture de la loi genevoise sur la laïcité «radicale» est l'une des expressions?

Les journalistes protestants de Medias-Pro et catholiques de Cath.ch font de l’excellent travail, j’ai pu l’expérimenter à de nombreuses reprises. Et mes étudiants à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg bénéficient ce semestre de leurs compétences pour un cours fort apprécié de sociologie de la communication et pastorale. Or de nombreux postes parmi eux sont désormais menacés et leur savoir-faire transversal radio-télé, leur réseau de contacts avec une multitude d’instances et communautés sociales, religieuses et politiques, leur expérience développée depuis 1964 risquent de se perdre. Quel gâchis!

Pourquoi donc couper 50% des forces de RTS religions, alors que l’ensemble des économies de la RTS correspond à 3% de son budget? Pourquoi ce déséquilibre? N’est-ce pas céder à la mode d’un laïcisme outrancier, dont l’interdiction d’un spectacle au sujet biblique (rappelons-nous la controverse autour de la pièce de Benjamin Britten, «L’Arche de Noé") et la nouvelle mouture de la loi genevoise sur la laïcité «radicale» sont quelques-unes des expressions?

L’évêque chargé des médias au sein de la Conférence des évêques suisses, Mgr Alain de Raemy, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, a exprimé son inquiétude et sa déception devant cette probable disparition de tels espaces de réflexion sur la dimension religieuse et œcuménique de notre culture et de notre avenir dans le service public. Puissent les évêques romands et la Fédération des Eglises protestantes de Suisse unir leurs voix pour clamer leur désapprobation. Cela vaudrait la peine de lancer une pétition et de la faire abondamment signer. Je suis prêt à la signer.

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© Gabioud Simon (gam)