Après avoir touché le fond en 2017, la fréquentation des domaines skiables suisses a enfin renoué avec la croissance. La recette de ce retournement de tendance: le lancement des forfaits multistations et un enneigement généreux.

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Toutefois, les acteurs touristiques se gardent bien de tout triomphalisme. A juste titre. Si l’engouement que suscite cette nouvelle offre leur octroie un répit, il ne représente pas une assurance vie. Ce dont les sociétés de remontées mécaniques ont avant tout besoin, c’est de renforcer leur capacité d’investissement pour poursuivre leur urgente mue économique. Car qui dit recettes ne dit pas encore désendettement.

En Suisse romande, le succès du Magic Pass ne doit donc pas servir de prétexte pour se complaire dans un tourisme ultra-dépendant de l’hiver, organisé autour des sacro-saints télésièges et autres téléskis.

Face aux préoccupations environnementales, à l’évolution démographique et aux changements de comportement des nouvelles générations, les mesures prises pour amener les familles et les jeunes sur les pistes ne suffiront pas. Le tourisme alpin doit se métamorphoser en profondeur.

Miser sur la montagne, pas sur les remontées mécaniques

A sa manière, Radovan Vitek l’a d’ailleurs très bien compris. Le controversé milliardaire tchèque multiplie les emplettes pour posséder à Crans-Montana une offre intégrée, allant de la télécabine au restaurant de montagne, en passant par l’hôtel de luxe.

Or, si époustouflant qu’il soit, le Magic Pass n’a pas le pouvoir d’assurer un enneigement suffisant chaque année, encore moins celui d’assainir des sociétés qui se trouvaient en fort piteux état financier avant son lancement. Son succès en hiver ne doit donc en aucun cas ériger un dangereux écran de fumée qui ferait retomber les stations dans leurs anciens travers. Le capital du tourisme alpin, c’est la montagne, pas les remontées mécaniques. Alors que la planète se réchauffe, ce constat est plus évident que jamais.

L’effort de diversification des activités en hiver et d’augmentation de la fréquentation en été doit impérativement se poursuivre. Il est peu probable que la jeunesse qui défile pour la cause climatique se montre séduite par un modèle d’affaires articulé autour du seul business du ski. A contrario, un tourisme durable, de proximité, semble bien mieux correspondre à ses aspirations et à ses attentes. Les milieux concernés feraient bien de ne pas l’oublier.