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Ignazio Cassis avec Johann Schneider-Ammann et Didier Burkhalter. Engelberg, le 21 octobre 2017.
© ALEXANDRA WEY

Incidences

La magie des commencements

Notre chroniqueur François Nordmann suggère au nouveau conseiller fédéral Ignazio Cassis de réserver sa première sortie diplomatique pour l’Europe, une façon de reprendre la main sur ce dossier pour le DFAE

Le conseiller fédéral Ignazio Cassis, qui prend ses fonctions demain est le douzième chef du Département des affaires étrangères depuis la fin de la guerre. Il étrennera ses habits neufs de magistrat par une séance du gouvernement. Il s’y est bien préparé. Installé dans un bureau de la Chancellerie fédérale, il a potassé ses dossiers, reçu des visiteurs, des experts, anciens diplomates, et jusqu’à la direction de l’UDC venue lui rappeler qui l’a fait roi.

Il lui reste à prendre la mesure du rôle qui l’attend. C’en est fini de la politique politicienne, des services rendus aux copains, des combines entre chefs de groupe, des grandes tapes dans le dos à l’heure de l’apéritif au grotto. Il s’agit de prendre de la distance, de la hauteur et de l’épaisseur.

Se faire une religion

La situation internationale n’a jamais été aussi imprévisible et dangereuse. Ignazio Cassis devra rapidement se faire une religion. Les tensions entre les pays occidentaux et la Russie pèsent sur la sécurité et la prospérité de l’Europe, en raison des pressions exercées en Ukraine et dans une certaine mesure contre les pays baltes et nordiques. Les mouvements populistes autoritaires et antilibéraux gagnent du terrain en Autriche, en Allemagne, en République Tchèque après la Hongrie et la Pologne, mettant au défi les valeurs démocratiques.

Le système international tel que l’ont connu ses prédécesseurs depuis 1945 est sapé de l‘intérieur par un président américain erratique et hostile et s’effrite à l’extérieur du fait d’un empire chinois qui attend son heure. L’Union européenne, premier partenaire économique et diplomatique de notre pays se débat entre croissance et renouveau d’une part, et crises et divisions non encore surmontées d’autre part. Les migrations, l’accueil des réfugiés, la lutte contre le terrorisme, la réduction des inégalités sociales, les changements climatiques sont autant de thèmes à l’ordre du jour du Conseil européen. Dans «l’étranger proche», la violence fait rage au Moyen Orient, en Libye et dans le Sahel, non sans conséquence pour la paix de l’Europe.

Pour la Suisse, qui subit nolens volens les retombées de ces turbulences, un environnement aussi difficile exige finesse et réalisme. Le nouveau ministre doit rassurer l’opinion, livrer son analyse stratégique et préciser sa ligne de conduite.

Visite à Federica Mogherini

Dans l’immédiat, Il faut souhaiter qu’il appelle autour de lui des responsables chevronnés, qui sachent au besoin l’orienter et lui tenir tête et qui travaillent avec les services de ligne et non en vase clos. Puis il devra choisir la destination de son premier voyage officiel. Vienne, comme le veut la tradition? Mais il n’y a pas encore de gouvernement en Autriche. Rome? Ce serait aussi incongru que si un élu romand se précipitait à Paris. Si Ignazio Cassis veut un interlocuteur qui parle italien, il pourrait envisager d’aller à Bruxelles…

Pour certains, commencer ses visites par Federica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne, serait une provocation, bien que personne ne puisse soupçonner le nouveau conseiller fédéral de complaisance à l’égard de l’UE. Mais un tel déplacement aurait du sens, car il permettrait de bien préparer la visite que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne est censé entamer en Suisse le 23 novembre prochain. Et incidemment le nouveau chef du DFAE aurait ainsi l’occasion de réaffirmer la prééminence de son département sur la question européenne dont le leadership a passé de fait à la présidente de la Confédération.

Mme Doris Leuthard a déclaré le 28 octobre dernier à la NZZ que le Conseil fédéral continuait à négocier «l’accord-cadre» avec l’UE qui présentait encore quelques «nœuds» à trancher. Le conseiller fédéral Cassis devra donc rapidement se rallier à la politique européenne suivie jusqu’ici, portée dit-on par son collègue Johann Schneider Ammann. Dût-il pour cela se séparer de ses amis de l’UDC: il y va de sa réputation d’homme d’Etat. Bienvenue au Département des affaires étrangères! «La magie des commencements ne perdure que si les résultats sont là!» (Hermann Hesse revu par Angela Merkel recevant Emmanuel Macron).

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