Le risque, quand on est élu, c’est de se prendre pour l’Elu. De se croire super-héros. Un type avec des pouvoirs magiques, surnaturels. Même que les gens vous écrivent en pensant que, pour eux, vous allez défier les lois de la physique. Changer le plomb en or. Inventer le mouvement perpétuel. Achever l’autoroute dans le Haut-Valais. Et il faut admettre que ça marche. Parfois.

Je reste par exemple toujours fasciné par l’histoire du veau. Il a suffi de modifier l’ordonnance sur la protection des animaux pour que cette viande, que je croyais immuablement blanche comme un cachet d’aspirine, devienne soudainement rouge. Epatant, non? Par un autre tour de passe-passe, en pleine crise du coronavirus, Guy Parmelin a transformé le vin d’Agroscope en gel hydroalcoolique. Si ce n’est pas christique, ça, c’est quoi?

Abracadabra!

Parmi les formules magiques préférées des parlementaires, il y a la gratuité. Ce qui coûtait le lard du chat hier sera gratuit demain. Abracadabra, dans leur légendaire sagesse, les Chambres fédérales ont rendu le test de dépistage du coronavirus gratuit.

Cette grandeur d’âme devrait vous tirer une larme. Cette force de Jedi des parlementaires fédéraux, qui, par les pouvoirs magiques qui leur sont conférés, parviennent à rendre gratuit ce qui coûtait 95 francs. A se demander ce qu’on attend pour les primes maladie, les dîners gastronomiques à l’Hôtel de Ville de Crissier et les vacances dans les Grisons.

Il y a toujours un truc

Au risque de décevoir l’enfant qui sommeille en vous, il y a toujours un truc. En fait, ce n’est jamais gratuit. C’est seulement payé par quelqu’un d’autre. Si vous ne payez pas la facture du test du Covid-19, soit elle sera financée par la caisse publique, soit elle le sera par la caisse maladie. Mais en fin de compte, ce seront vos impôts ou votre prime. Le diagnostic, vous le paierez quand même. Sauf si le médecin vous le fait à l’œil, mais alors c’est pour sa pomme.

Pas plus que de magie, il n’y a pas de générosité en politique. Lorsque nous offrons des subventions et distribuons les deniers publics, nous ne faisons que déshabiller Pierre pour habiller Paul. Un Paul reconnaissant, mais qui ne comprend pas que son vrai héros, malgré lui, soit Pierre.

Certains élus ont pourtant fait de la prestidigitation leur métier. Et tant que le public veut bien croire à cette magie, il y aura un marché pour cela.


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