«Quand l'Irak ou la République Centre-africaine renoncent à la démocratie, c'est un recul regrettable. Mais quand la Grèce abdique, c'est une trahison.» L'éditorial signé le 1er mai 1967 par le rédacteur en chef du Journal de Genève, Bernard Béguin, le montre: le coup d'Etat des colonels, perpétré le 21 avril à Athènes contre une démocratie confuse et affaiblie (et, dira-t-on, avec l'aide de la CIA), choque largement au-delà des cercles de gauche. Mais c'est la Guerre froide: critiquer l'Ouest équivaut vite à faire le jeu de l'Est. Pour s'être montrée trop sévère avec les colonels grecs, la Radio suisse romande essuie les foudres d'André Luisier, l'inflexible patron du Nouvelliste du Rhône.

L'autoritarisme d'extrême droite, en Europe, ne se limite pas à la Grèce: la dictature du vieux général Franco, en Espagne, a encore de beaux et sanglants jours devant elle, et si Antonio Salazar, au Portugal, n'a plus que trois ans à vivre, il faudra attendre 1974 pour que d'autres colonels, de gauche ceux-là, mettent fin au régime parafasciste qu'il a instauré en 1932.

De l'autre côté du Rideau de fer, le pouvoir est concentré dans les mains d'une troïka de sexagénaires, Leonid Brejnev, Nikolaï Podgorny et Alexis Kossyguine. En France, c'est un autre vieillard, adoubé dans la résistance au nazisme, Charles de Gaulle, qui veille sur la Nation.

Le gouvernement de Georges Pompidou, qui obtient les pleins pouvoirs le 22 mai pour des réformes économiques, est exclusivement masculin. Comme bien entendu le Conseil fédéral: seuls quatre cantons, Neuchâtel, Vaud, Genève et Bâle-Ville, ont accordé le droit de vote aux femmes.

• Produire

Sur le plan économique, les choses bougent plus vite. La surchauffe, qui voit les bénéfices d'une croissance record mangés par l'inflation, est en voie d'être maîtrisée, estime le Journal de Genève le 3 mai. La commune de Plan-les-Ouates, à Genève, se lance dans le développement urbanistique qui débouchera dix ans plus tard sur un scandale immobilier retentissant. A Lausanne, on s'inquiète du gigantisme des projets hospitaliers. Les banlieues dortoirs sortent de terre comme des champignons. Malgré tout, se loger est toujours plus cher et plus difficile. Une initiative contre la spéculation foncière inquiète la droite: elle sera rejetée nettement au mois de juillet.

Depuis le début de 1966, la durée maximale du travail a été ramenée à 46 heures hebdomadaires, 50 dans la restauration et l'hôtellerie. Le prolétariat suisse est bronzé: dans le bâtiment, l'industrie et le service, on comptait en 1964 un travailleur étranger, le plus souvent italien, sur trois, un sur six dans la restauration.

La plupart sont venus sans leur famille, au bénéfice de permis précaires, et sont logés dans des baraquements collectifs qui scandalisent la presse étrangère. Depuis 1963, ils ont toutefois le droit d'être assurés contre la maladie et, en principe, de toucher l'AVS après six ans de travail en Suisse. Depuis 1964, un certain souci d'assimilation se manifeste. Cette nouvelle tendance, adoptée sous la pression de l'étranger, va encourager la montée des mouvements xénophobes qui domineront les années 1970.

La mort, le 30 août 1965, sous l'éboulement du glacier de l'Allalin, de 88 travailleurs, dont 61 étrangers, occupés à construire le barrage de Mattmark, a avivé les tensions. La presse transalpine a mis en évidence des négligences coupables dans la prévention de la catastrophe; dans les colonnes du courrier des lecteurs suisses, on a jugé que la façon méditerranéenne d'exprimer la douleur était bien démonstrative.

• Consommer

La vie quotidienne change avec l'étal des magasins, toujours plus grands et polyvalents: le frigo, qui a fait son entrée dans les foyers au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, arbore désormais trois étoiles, signe qu'on peut y conserver des surgelés. L'intérieur du réfrigérateur s'améliore aussi avec la généralisation de la boîte en plastique de la marque Tupperware, installée à Nyon depuis 1964. Celui des assiettes se diversifie avec des plats exotiques devenus soudain abordables comme le cocktail de crevettes, l'avocat, le cœur de palmier et le riz casimir.

Les consommatrices, désormais chouchoutées, prennent conscience de leur pouvoir. Le 3 mai 1967, elles lancent un appel au boycott du beurre pour protester contre une hausse de prix concédée aux producteurs. Accueillie par les sarcasmes d'un monde politique peu habitué à voir les femmes se mêler d'économie, la grève est un succès pour la Fédération romande des consommatrices: les ventes encaissent un recul notable et, en août, le prix du beurre est rapporté au niveau d'octobre 1966.

Depuis le début de la décennie, la Renault 4 offre aux familles un moyen de transport abordable mais moins ostensiblement spartiate que la 2CV. On dispose désormais de couches éclair jetables et on se prépare, annonce le Journal de Genève le 12 mai, à l'arrivée de l'ordinateur de bureau, un mixte entre l'ordinateur proprement dit, qui occupe encore un étage entier, et la machine à calculer.

D'autres objets nouveaux sont moins innocents: si le monokini peine à supplanter le bikini, ce dernier, en plein boom, est encore scandaleux. La minijupe a fait son apparition à Londres en 1962 et, même chez les moins audacieuses, le niveau de l'ourlet remonte sous l'effet notamment des modèles avant-gardistes de Courrèges. Le jeans se répand chez les garçons, le collant apparaît dans les garde-robes féminines. Ils ont pris place avec le mascara dans l'uniforme yé-yé, mouvement musical aux racines avant tout commerciales qui a consacré l'émergence du nouveau marché cible constitué par la génération nombreuse et mieux pourvue du baby-boom.

Mais le yé-yé est en perte de vitesse. Ce qui se prépare à lui succéder est moins conformiste: tandis que le chanteur Antoine refuse de se faire couper les cheveux, d'autres ont choisi l'engagement politique comme Bob Dylan et Joan Baez. Cette dernière est en tournée en Suisse. Le critique du Journal de Genève, qui la rencontre le 27 mai, éprouve «d'abord un peu d'agacement à entendre cette toute jeune fille de 26 ans traiter de problèmes dont on se demande s'ils sont bien de son âge et de sa condition», un sentiment dont il veut bien convenir qu'il est antiféministe.

Le 14 avril, un concert des Rolling Stones a dégénéré en émeute à Zurich à la suite de l'intervention de la police tentant d'empêcher les spectateurs de converger sur la scène. Aux Etats-Unis, Timothy Leary, le pape du LSD, souffle entre deux démêlés avec le FBI. Ses théories sur la libération par les drogues ont séduit de nombreux jeunes Américains, dont beaucoup n'en reviendront pas.

• Chacun/e à sa place

Tous ces débordements sont bien loin des lectrices auxquelles le Journal de Genève consacre, comme les autres quotidiens romands, une page hebdomadaire vouée à discuter recettes de cuisine, botanique, mode et éducation. Le 3 mai, elles peuvent lire un reportage consacré aux excellents résultats en matière de réinsertion sociale de la toute nouvelle «prison-couvent» de Rothenfeld en Bavière. De jeunes délinquantes y reçoivent des cours d'enseignement ménager, agrémentés d'un peu de mathématiques, d'histoire, d'allemand et de sensibilisation aux questions sociales.

Hors des prisons aussi, l'éducation des filles est une affaire distincte de celle des garçons. La mixité dans l'enseignement secondaire, pratiquée dans le canton de Vaud depuis 1953, vient seulement d'être introduite à Genève et elle est loin d'être la règle ailleurs. Les sexes restent séparés pour les cours de travaux pratiques et de couture. Et pour les études courtes qui conduisent encore les filles dans des filières destinées à former de bonnes ménagères, employables dans l'économie domestique.

Cette dernière reste aux yeux de la Suisse officielle le lieu d'emploi privilégié des femmes. Le Code civil permet au mari - qui est toujours le chef de l'union conjugale auquel l'épouse promet obéissance au moment du mariage - de contraindre sa moitié à collaborer à l'entreprise familiale ou de lui interdire d'occuper un autre emploi.

La présence féminine sur le marché du travail n'en augmente pas moins: elle atteindra 40% à la fin de la décennie. Cette évolution est volontiers associée avec les problèmes de la jeunesse: délinquance, apparition de bandes. Les femmes, note une étude sociologique menée en 1965, travaillent surtout pour des raisons économiques. Si certaines y voient aussi un moyen d'émancipation, cela n'empêche pas de nombreuses jeunes filles de considérer leurs études, même supérieures, comme un intermède avant une vie consacrée au mariage.

Ce dernier sera égalitaire, si l'on en croit une enquête réalisée la même année auprès des jeunes, fondé sur l'amitié, et pourra s'épanouir sans cérémonie nuptiale et sans enfants.

• Respecter la morale...

Mais comment ne pas faire d'enfant? En France, la contraception, rigoureusement prohibée, ne sera légalisée qu'en octobre 1967 grâce au député gaulliste Lucien Neuwirth; elle restera interdite jusqu'en 1971 en Italie. Les Suissesses ont plus de chance: la pilule est disponible depuis 1961, sur ordonnance exclusivement. Sa diffusion dépend du bon vouloir des médecins, qui n'acceptent pas tous de la prescrire à des célibataires. L'information circule peu et l'avortement, souvent clandestin, tient pour beaucoup lieu de contraception.

Le planning familial se heurte à de solides méfiances. L'ouverture d'un centre à Genève en 1965 a été entourée de remous. Celui de Lausanne, qui verra le jour à la fin de cette année 1967, sera affublé d'une «commission spirituelle et morale» chargée d'éviter les débordements.

C'est que les tabous pesant sur la sexualité, surtout féminine, restent solides. La minijupe et le jean ont beau se répandre, ils restent prohibés dans de nombreux établissements scolaires, comme le maquillage. A Nanterre, les étudiantes n'ont pas le droit de recevoir d'invités masculins dans leur dortoir, ce sera l'un des motifs de la contestation estudiantine.

L'Eglise catholique est la gardienne des interdits sexuels. En Italie et en Espagne, où elle tient l'état civil, le divorce est impossible. Mais, sur d'autres points, elle s'efforce de vivre avec son temps. Le concile de Vatican II, qui s'est tenu de 1962 à 1965, a notamment aboli le rite encore très observé de l'interdiction de manger de la viande le vendredi: la pénitence doit désormais s'exprimer de façon plus intériorisée et moins formelle.

La censure cinématographique, présente dans tous les cantons sauf à Neuchâtel, veille au grain avec une vigilance plus ou moins sévère. En France, de nombreuses publications interdites à l'affichage ne s'échangent que sous le manteau: Histoire d'O de Pauline Réage, Sexus d'Henry Miller, Les onze mille verges d'Apollinaire, entre autres. C'est aussi une interdiction qui a d'abord frappé, l'an précédent, le film tiré par Jacques Rivette de La Religieuse de Diderot.

Une question sur l'avortement a disparu du questionnaire distribué aux visiteurs de l'Expo nationale de 1964 - encore un coup d'Anastasie. Les sujets de la défense nationale, de la spéculation foncière, de l'objection de conscience et du communisme ont également fait l'objet d'âpres négociations avec les autorités. C'est encore à la censure que fait appel un député socialiste lorsqu'il demande - en vain - le 8 mai au gouvernement genevois d'agir contre les journaux qui, comme France Dimanche, «exploitent de façon éhontée la vie privée des gens».

• ... et l'ordre établi

Même lorsqu'elle n'est pas censurée, la parole critique fait des vagues. En 1964, pour fêter le 150e anniversaire du rattachement du canton à la Suisse, le Conseil d'Etat genevois a commandé un spectacle au Grand Théâtre. Un Banquier sans visage, relecture par l'écrivain de gauche Walter Weideli de l'histoire de Louis Necker, ministre de Louis XVI, a suscité le scandale. Une partie des opposants se sont regroupés dans le mouvement Vigilance, qui ne va pas tarder à se spécialiser, avec succès, dans la dénonciation de la surpopulation étrangère.

A Lausanne, c'est une représentation d'Andorra de Max Frisch qui a fâché en 1963. Dans le programme, les organisateurs ont fait allusion au Rapport Ludwig, rédigé en 1957 à la demande du Conseil fédéral mais peu diffusé, sur la politique des réfugiés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce point de vue critique n'a pas été du goût du syndic Georges-André Chevallaz, qui a fait retirer les passages sensibles.

L'histoire officielle des années noires tend à se résumer à l'hagiographie du général Guisan, dont on inaugure la statue à Ouchy le 27 mai 1967. Les quelques voix critiques qui commencent à se faire entendre se heurtent à un mur de réprobation. L'armée, qui élabore un nouveau concept de défense globale et caresse l'idée de se doter un jour de l'arme nucléaire, fait figure d'institution intouchable, voie de passage obligée des élites masculines et moule incontournable pour les jeunes.

Les objecteurs de conscience n'ont le choix qu'entre des peines de prison inférieures à six mois - s'ils arrivent à faire la preuve d'un authentique conflit moral - ou supérieures si, comme un tiers d'entre eux, ils sont considérés comme des réfractaires aux motivations avant tout politiques.

Les arsenaux russe et américain contiennent de quoi faire sauter plusieurs fois la planète et l'équilibre de la terreur ne rassure pas grand monde. Un Américain sur quatre approuverait l'emploi de la bombe au Vietnam, révèle un sondage publié le 25 mai. En Suisse, deux initiatives contre l'armement atomique ont été rejetées en avril 1962 et mai 1963. Ce même mois s'est tenue la première d'une longue série de marches qui se poursuivront contre le nucléaire civil.

• Malgré les remous du monde...

Le 5 mai 1967, la justice anglaise assigne en responsabilité le patron du Torrey Canyon, qui a causé deux mois plus tôt la première marée noire de l'histoire en déversant 120000 tonnes de brut au large des côtes britanniques. Le lac Léman est si pollué par les phosphates des engrais et des lessives qu'il est interdit de baignade dans de nombreux endroits.

Le 8 mai, le Conseil fédéral refuse de revenir sur l'expulsion, prononcée en janvier, de l'éditeur Nils Andersson. Né à Lausanne de père suédois et de mère suisse, marié à une Suissesse, il a créé sa maison d'édition, La Cité, pour diffuser La Question, le livre interdit en France d'Henri Alleg sur la torture en Algérie. Son activité ultérieure en fait, aux yeux des autorités, un «zélateur de la révolution chinoise». Il doit quitter le pays où il a toujours vécu.

Depuis février, on peut se procurer Le Petit Livre rouge du président Mao en français. Il coûte 1 fr. 20. La Révolution culturelle a un an. Les écoliers et les étudiants chinois censurent et ridiculisent leurs professeurs, brûlent les vieux livres; les accusations et les pensées révolutionnaires s'expriment sur des journaux muraux qui fleurissent un peu partout.

De loin, certains décèlent dans cet épisode sanglant de reprise en main par le vieux leader chinois une revitalisation de l'élan révolutionnaire par les jeunes et les masses. Au moment où l'URSS fait toujours moins figure de modèle de l'avenir marxiste et joue toujours plus le rôle de repoussoir, la Chine devient pour une partie de la jeunesse la nouvelle patrie de l'utopie.

Mais c'est sur un autre front que se dirigent surtout les regards: le Vietnam, où l'armée américaine est engagée depuis 1965 dans une escalade dont les images déferlent sur les postes de télévision. Les bombardements en tapis, l'usage du napalm y compris contre les populations civiles, les exactions, l'anéantissement des cultures par arrosage désherbant scandalisent une partie de la jeunesse qui défile en masse à chaque visite diplomatique américaine en Europe.

Outre-Atlantique, l'opposition à la guerre, avivée par le refus de la conscription, a déjà transformé les campus en lieux de contestation. Le mouvement étudiant rejoint celui qui anime la communauté noire contre les discriminations dont elle est encore l'objet dans les Etats du sud. A côté du leader non violent Martin Luther King, qui sera assassiné en janvier 1968, sont apparus de nouveaux mouvements plus radicaux, comme celui des Black Panthers, créé en 1966.

Le 12 mai 1967, un jeune agrégé de philosophie français, Régis Debray, est arrêté en Bolivie, où il a rejoint le leader castriste Ernesto Che Guevara dans le maquis où il s'est replié l'an précédent. Le Che lui-même n'a plus que cinq mois à vivre avant que son exécution en fasse une icône mondialisée. En Suisse, un mystérieux Front de libération du Jura commet des attentats à l'explosif et des incendies contre des objectifs matériels.

Les remous du monde butent sur les murs des universités. A Genève, le rectorat a interdit la récolte de signatures pour l'initiative pour l'aide au logement, déplore le député communiste Jean Dumartheray le 19 mai. L'élite de demain doit se former dans la sérénité.

Mais les choses bougent. En décembre 1966, les Genevois ont adopté à une large majorité la loi de démocratisation des études, qui systématise l'octroi d'allocations pour les élèves et les étudiants dont le revenu des parents n'atteint pas un certain niveau. Cette générosité vise à combler le retard pris par le pays dans la formation de futurs cadres. Elle va aussi modifier rapidement la composition du corps étudiant où, en 1960, on ne comptait qu'un fils d'ouvrier sur cent personnes et seulement 20% de représentants de la classe moyenne contre 50% de fils des milieux «intellectuels ou dirigeants». Chez les 13% de filles, la surreprésentation des classes aisées était encore plus marquée (61% dans l'enseignement supérieur).

• ... et le malaise dans la civilisation

Cette jeunesse trop nombreuse pour des structures d'accueil adaptées trop tard ou pas du tout aux conséquences du baby-boom a plus de moyens que jamais: les jeunes Romands dépensent en moyenne l'équivalent de 375 francs chaque mois pour leur garde-robe.

Mais elle n'apprécie guère sa chance d'être née dans une société d'abondance. Aux Etats-Unis, note le Journal de Genève le 18 mai, «la prospérité entraîne une certaine déception qui pousse les jeunes à s'interroger sur les buts réels de la vie et sur le prix qu'il faut payer pour acquérir le bien-être matériel». Les étudiants reprochent aux affaires d'étouffer la personnalité, de ne pas se soucier assez des conséquences humaines des restructurations industrielles et des progrès de l'automation et de la pollution.

En Suisse, interrogés par L'Illustré en mars 1968, ils se plaindront de voir les adultes leur reprocher «tout ce qu'ils peuvent trouver à nous reprocher». A une exception près: «Dès qu'ils peuvent gagner de l'argent sur notre dos, ils cessent de nous critiquer», relèvera une adolescente.

A Berlin-Ouest, îlot libéral en Allemagne communiste, ces insatisfactions, ces révoltes et ces critiques ont déjà débouché sur une contestation étudiante organisée. Ces fils de vaincus imparfaitement dénazifiés ont suivi avec effroi le procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961. Ils ont retenu qu'il avait agi, non par antisémitisme, mais par obéissance aveugle à ses supérieurs. C'est une erreur qu'ils ne commettront pas.

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