C’était le 11 décembre 2018. Jugeant le résultat trop mou, la gauche s’était alliée avec l’UDC pour saborder la révision de la loi CO2 au vote d’ensemble. La suite, on s’en souvient : grève du climat, des dizaines de milliers de personnes dans les rues, des slogans qui claquent et une gêne assez visible des partis qui avaient cru quelque chose d’acceptable. Et puis, en octobre 2019, avec la vague verte : jamais n’ont siégé autant d’élus écologistes sous la coupole.

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Deux ans après, l’heure du bilan. La semaine passée, le Parlement a mis sous toit une révision de la loi CO2 actuelle. Après le camouflet en votation populaire en juin, les Chambres ont dû se résoudre à se contenter d’une version ad minima de la loi climat, pour ne pas liquider les fondamentaux de la politique fédérale : objectifs de réduction, mécanismes de compensation, prolongation des petites taxes existantes. Rien de plus. Malgré la faiblesse du projet, les Verts ont appuyé sur le bouton de la même couleur. Et accepté dans une belle unanimité une loi bien plus timorée que celle qu’ils refusaient trois ans plus tôt à grand renfort de mégaphones dans les rues.

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Une Suisse qui aime les petits pas 

Que s’est-il passé entre deux ? Les belles affiches de 2019 ont un peu terni. Sans politique de compromis, les idéologies s’écrasent sur les rochers de la realpolitik, du consensus indispensable. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Après les dernières élections, même les partis bourgeois ont accepté de mettre de l’eau dans leur vin et ont soutenu une mouture plus stricte de la législation. Peine perdue : on ne construit rien en Suisse sans le peuple, et celui-ci n’a pas voulu d’un projet jugé trop contraignant.

A mi-législature, le bilan de la vague verte est bien faible. Hormis un référendum gagné par les poils contre la loi sur la chasse, nous n’avons vu passer que quelques maigres postulats et autres interpellations. Le reste est désespérément vide. Et face à l’urgence climatique, le parlement, même plein de bonnes intentions, n’a pas réussi à apporter une réponse acceptable, c’est-à-dire capable de majorité (mehrheitsfähig comme on dit en face).

C’est trop peu et c’est décevant. Mais c’est sans doute la preuve que les grands bonds en avant ne donnent pas de résultats dans une Suisse qui préfère les petits pas. Un peu moins de paillette, un peu plus d’actions concrètes. C’est ce qu’il nous reste à faire pour les deux ans qu’il reste de la législature verte.

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