Sepp Blatter avait reporté cette date le plus loin possible dans le calendrier et dans son esprit mais ce matin, il n’est plus possible de reculer. La FIFA est dos au mur. Mur de la honte, des lamentations ou du silence, c’est selon. Un nouveau président sera élu aujourd’hui et la tâche qui l’attend est immense. Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de candidats: cinq, dont deux qui devraient se disputer le trône du football mondial. Qui de l’ambitieux Italien de Brigue Gianni Infantino ou du sulfureux Cheikh Salman du Bahreïn l’emportera? La décision est attendue en début d’après-midi mais elle ne sera pas fondamentale.

Les deux hommes ont tenu à chacun un discours différent et dit à tous ce qu’ils voulaient entendre: aux uns que tout allait changer, aux autres que tout continuerait comme avant; les grands médias ont entendu parler de transparence, d’intégrité, de bonne gouvernance, les petites fédérations d’aides, de subventions, de redistribution. On ne peut les en blâmer: on ne gagne un jeu qu’en en respectant les règles. La vraie question se posera au vainqueur. Que fera-il réellement? Qui, des spectateurs ou des électeurs, trompera-il par la suite?

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La crise traversée depuis neuf mois par la FIFA, l’une des plus graves de l’histoire du sport moderne, n’a pas forcément servi de leçon. Le roi des sports demeure un formidable levier de pouvoir pour les politiques et les sponsors. C’est donc aux autres acteurs sociaux, notamment les médias, qu’il convient de maintenir la pression. Il faut que la justice, et notamment la justice suisse qui a été laxiste trop longtemps, continue d’enquêter et de condamner ceux qui se sont servis au lieu de servir. Il faut que les lanceurs d’alerte soient écoutés et protégés, eux qui furent si souvent attaqués et humiliés. Il faut que le public réclame des comptes, et non pas seulement des compétitions.

La fin du règne de Sepp Blatter aura montré, au Valaisan en premier lieu comme à son successeur, que nul n’est irremplaçable. Aucun dirigeant n’est plus grand que le jeu lui-même. C’est la FIFA qui a besoin du football, pas l’inverse. Peu importe en définitive le nom du vainqueur; le grand gagnant de l’élection du 26 février 2016 doit être «la grande famille du football». Il est plus que temps que cette formule si longtemps galvaudée reprenne tout son sens.

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