Les pressions internationales sur Israël produiraient-elles leur effet? Après des mois de négociations tendues avec Washington, Benyamin Netanyahou accepte le principe d’un gel de la colonisation en Cisjordanie. Celui-ci est partiel – il exclut Jérusalem-Est – et assorti de conditions – l’accélération des autorisations de construire avant l’entrée en vigueur de l’accord. La partie palestinienne dénonce un marché de dupes irrecevable. Mais l’essentiel est peut-être là: pour la première fois, le premier ministre à la tête de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël accepte l’idée d’un moratoire qu’exigent en chœur les Etats-Unis, l’Europe et le camp arabe pour une reprise du processus de paix avec les Palestiniens.

Benyamin Netanyahou cède du terrain. Tout comme il l’avait fait il y a quelques mois en reconnaissant – également une première dans sa bouche – le droit à l’existence d’un Etat palestinien aux côtés d’un «Etat juif». Là encore, cette concession était assortie de conditions a priori inacceptables pour la partie palestinienne, à savoir une démilitarisation de son territoire et le contrôle de ses frontières.

S’agit-il d’une simple manœuvre destinée à maintenir le statu quo? Yitzhak Shamir, le mentor politique de Netanyahou, disait qu’«il faut parler de la paix pour ne pas la faire». Il avait ainsi participé à la conférence de Madrid en 1991 qui favorisa le processus d’Oslo. A son tour, Benyamin Netanyahou agit aujourd’hui contre son propre camp politique et la majorité de l’opinion israélienne. C’est pour faire passer la pilule qu’il donne des gages d’intransigeance.

S’il lâche du lest, toutefois, c’est que Benyamin Netanyahou est un pragmatique. La pression extérieure est certes mesurée mais bien réelle. Depuis l’intervention meurtrière de Gaza, l’opinion internationale n’a sans doute jamais été aussi défavorable à Israël. Et sur le plan intérieur, l’allié clé de sa coalition, l’ultranationaliste Avigdor Lieberman, devrait bientôt être inculpé pour corruption. Au risque de s’isoler, il doit s’adapter.

Ce n’est pas la fin de la colonisation, et le chemin vers une reprise des négociations avec les Palestiniens promet d’être tortueux. Mais on saura d’ici à fin septembre si ces concessions s’inscrivent dans le plan de paix pour le Proche-Orient promis par Barack Obama. D’ici là, il est plus que jamais nécessaire de maintenir la pression sur Israël.

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