Les Suisses ont donc décidé que leurs soldats pouvaient conserver leur arme de service à la maison, entre deux cours de répétition et au terme de leur service militaire.

Tous les Suisses? Pas exactement. Malgré le résultat sans appel, cette initiative a beaucoup divisé et ouvert de nombreux fossés, entre les villes et les campagnes surtout, entre la Suisse romande et la Suisse alémanique ensuite, entre hommes et femmes, jeunes et plus âgés dans une moindre mesure. Il y a plusieurs leçons à tirer de cette campagne. D’abord qu’elle a largement déformé le texte de l’initiative. Une mesure technique, qui aurait sans doute pu être réglée par l’armée elle-même, est devenue un débat national sur la tradition, les étrangers criminels, le tir sportif, la chasse, voire l’existence même de l’armée.

A cet exercice, la palme revient à l’UDC qui en a profité pour marteler son message sécuritaire, aux accents xénophobes. Faire croire que nos fusils d’assaut dans l’armoire à balais sont essentiels pour notre défense était absurde, qu’il s’agisse des cambriolages ou des menaces stratégiques. Cela a pourtant eu de l’impact et présage d’un climat politique délétère en cette année électorale.

Seconde leçon: ce vote ne règle rien, car le régime actuel reste bancal. Les soldats conservent leur arme à la maison, sans les cartouches. Lesquelles seraient faciles à trouver. De plus, les dispositions suisses sur le commerce des armes, plutôt libérales, restent susceptibles d’être améliorées. Ainsi, un registre central semble une proposition sensée. Surtout que personne, au cours de la campagne, n’a pu articuler de chiffre définitif sur le nombre d’armes en circulation dans le pays.

Au fond, les initiants ont eu tort de croire que l’arme de service était un sujet de préoccupation majeur, malgré les drames comme le meurtre de la skieuse Corinne Rey-Bellet. Il faut conclure non pas que les Suisses ont fait de leur Fass 90 le dernier symbole de leur liberté face à un Etat envahissant, mais qu’ils n’ont pas ressenti l’urgence de prendre de nouvelles mesures. Ils ont jugé plus raisonnable de se retrancher dans une certaine tradition que d’ouvrir, ce dimanche, une brèche dans un système amené de toute façon à évoluer.

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