Opinion

Pour le maintien de la littérature sur la RTS

OPINION. Il faut absolument conserver des plages longues consacrées à la littérature, et uniquement à la littérature, sur les ondes de la RTS, écrivent les représentants du monde de l’édition Vera Michalski, David Bosc, Fanny Mossière et Caroline Coutau

Depuis plusieurs années, les émissions et les temps de parole se réduisent comme peau de chagrin, voire disparaissent purement et simplement sur les chaînes de radio et de télévision suisses ‒ même sur Espace 2, la chaîne culturelle de la RTS. Ce fut Quartier livres, puis l’excellent Entre les lignes, où l’écrivain avait une heure à disposition pour parler de son travail, accompagné par un comédien lisant des extraits de l’ouvrage. Zone critique, émission de chroniques qui confrontait les avis de plusieurs critiques littéraires, puis Versus-lire et Versus-penser ont disparu elles aussi. La Première a suivi le mouvement: en dehors de Vertigo, qui chronique parfois des livres, et de la Librairie francophone, des émissions telles que Détours, qui invitait des auteurs de livres de voyage à partager leur passion, ne sont plus qu’un souvenir. Nos auteurs suisses et français le déplorent: ils ont toujours loué la grande qualité de ces émissions auxquelles ils étaient invités. Et s’il est impossible de se résigner à l’absence de voix contemporaines sur les ondes, on peut aussi songer au déficit d’archives que ce serait pour l’avenir.

Taux d’audience

Aujourd’hui, on entend dire que Caractères, la dernière émission littéraire sur Espace 2, ainsi que Nectar pourraient être effacées des programmes.

Il nous semble qu’il est du devoir du service public de rendre compte de la diversité culturelle de la Suisse romande dans ses multiples aspects

Et pourtant, quel meilleur média que la radio, qui arrive dans toutes les maisons, à toutes les oreilles, pour faire découvrir des auteurs et rendre les gens curieux de ce qu’ils ne connaissent pas encore? Les dirigeants de la RTS se fondent sur les taux d’audience pour motiver de telles décisions. Mais si une émission est écoutée par quelques milliers d’auditeurs, n’est-ce pas déjà incroyablement précieux? Ne faut-il pas mettre cette audience en regard de la fréquentation des lieux culturels? Quel festival, quelle bibliothèque, quelle institution peut espérer attirer des milliers de personnes pour une rencontre littéraire?

Comprendre le monde

Il nous semble qu’il est du devoir du service public de rendre compte de la diversité culturelle de la Suisse romande dans ses multiples aspects. Les maisons d’édition sont nombreuses dans notre région et publient des textes passionnants, dérangeants, drôles, fantastiquement divers. Les libraires se battent pour faire découvrir les plumes d’ici et d’ailleurs. Or les lieux où s’exprime la critique littéraire se réduisent, aussi bien dans la presse écrite que dans l’audiovisuel. La conséquence est simple: peu à peu, tous les lecteurs lisent les mêmes livres. D’où découle un appauvrissement culturel et intellectuel immense.

Il faut absolument conserver des plages longues consacrées à la littérature, et uniquement à la littérature: quarante minutes d’entretien permettent d’entrer dans le monde d’un écrivain, de découvrir quel a été son cheminement dans l’écriture. Ces entretiens sont aussi l’occasion d’entendre ce que les écrivains ont à nous dire sur le monde. Leur regard n’est pas celui d’un journaliste, plongé dans l’actualité. Le temps long de l’écriture permet une autre approche, une nouvelle vision. Les écrivains nous aident à comprendre le monde. Donnons-leur la parole.

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