Tokyo graphie

La maison de mes vieux jours

Murs-écrans, détecteurs de mouvement, intelligence artificielle et livraison par drone: à Tokyo, une exposition dessine grandeur nature le futur de l’habitat japonais

Un unique espace à vivre, disposé sous son toit rond. Le mur extérieur qui s’enroule en colimaçon. Au centre de la pièce circulaire, un bloc de bois clair abrite le bain et les sanitaires, au-dessus desquels le lit double domine. La surface à manger dialogue avec quelques lampes en suspension. La quasi-totalité des parois, immaculées, forment un vaste écran incurvé.

Plantes, table basse, à peine quelques chaises: sobriété. Ni rangements, ni penderie, ni machine à laver. Point d’épaisse bibliothèque, pas de vaste garde-manger. Dopée aux nouvelles technologies, la Hiragana-No Spiral House prône le dépouillement matériel au profit d’une expérience enrichie par l’intégration de l’Internet of Things. Les murs-écrans détectent les mouvements, les drones y viennent constamment en livraison et une intelligence artificielle (en forme de chat) scrute les conditions météo tout en veillant à la sécurité. Une maison-objet, minimale mais connectée.

Figure montante de l’architecture, Yuko Nagayama a développé cette Spiral House en collaboration avec le géant de l’électronique Panasonic. Le prototype est visible en ce moment sur l’île artificielle d’Odaiba, dans le cadre de l’exposition House Vision 2 à laquelle participent aussi Kengo Kuma (une oasis transportable), Jun Igarashi (des fenêtres vastes comme des pièces) et Shigeru Ban (solidité et légèreté du carton).

Spiral House cristallise la transformation des modes de vie liée au vieillissement de la population et à la contraction de la cellule familiale au Japon. Un enfant unique pourrait y rester en contact permanent avec un parent en déplacement par le biais des murs connectés, tandis que l’achat, le nettoyage et le stockage des vêtements seraient assurés en externe, les habits étant commandés et amenés sur place par le biais de drones (Panasonic évidemment). Communication avec les proches ou suivi médical par télé-présence (les écrans peuvent donner à voir un humain en dimension réelle), optimisation de l’énergie et identification des visiteurs complètent les fonctions de cet habitat futuriste.

Malgré ces promesses, j’ai vibré bien plus fort pour la proposition de Sou Fujimoto, dont la Rental Space Tower met l’accent sur les espaces partagés – tout l’inverse de la Spiral House et son hyper-individualité. Le joyeux dédale de Fujimoto réserve à chacun sa sphère privée, tout en mettant en commun cuisine, bain luxueux, salle de ciné et potager. Ma pièce favorite? La bibliothèque, fournie, charpentée, où l’on mélange ses livres, ses humeurs, ses idées.

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