Récemment, alors que la chancelière allemande Angela Merkel se déclarait optimiste sur un partenariat avec le président français nouvellement élu, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, s’est opposé de manière catégorique aux intentions de François Hollande en matière de relance de la croissance en Europe. Il a refusé l’idée de modifier le pacte budgétaire et de permettre à la Banque centrale européenne de prendre des mesures de relance.

Le capitalisme est d’actualité, sur le plan économique, depuis plus de quatre siècles. Son handicap est d’être instable, entre expansion, récession et parfois crises. A cela, il faut ajouter l’accumulation, ou alors la concentration, du capital. Adam Smith écrivait que l’Etat devait limiter son intervention dans les affaires économiques afin de favoriser au mieux le bien de l’individu, donc de la société. Après la doctrine néo­classique du capitalisme et son illustration a contrario par la grande crise de 1929, il n’était plus acceptable d’invoquer la «main invisible» comme mécanisme automatique de régulation.

John Maynard Keynes a analysé l’économie dans son ensemble, et non au niveau du comportement individuel. Or, l’économie traverse soit des périodes d’expansion, donc de croissance, soit au contraire des périodes de récession. Quant à Milton Friedman, il a soutenu l’impossibilité de contrôler l’économie par l’investissement et l’action de l’Etat, en arguant que l’on devait la laisser se stabiliser par ses propres mécanismes. Pour Friedman, lorsque la masse monétaire et la production augmentent parallèlement, il n’y a pas d’inflation. Ceci revient à considérer que les gouvernements disposent d’un pouvoir de contrôle complet s’agissant de l’émission monétaire.

Jens Weidmann semble ignorer que l’augmentation de la concentration des richesses par une infime minorité de personnes entraîne quelques effets. D’abord, le nombre d’emprunteurs possédant peu augmente et, en conséquence, la demande d’emprunteurs s’accroît. Les classes les plus défavorisées et les classes moyennes largement majoritaires s’ajoutent à la cohorte d’emprunteurs moins solvables, rejoignant ainsi les emprunteurs fortunés.

Le phénomène d’hyperconcentration des richesses apparaît donc comme l’une des causes qui transforment les grandes récessions en crises majeures. C’est pourquoi il appartient à l’Etat de mettre en place des contre-feux appropriés et de stimuler la circulation dans l’économie du capital accumulé pour éviter le déséquilibre social.

Une méthode fiscale simple existe pour recycler les actifs financiers dans le circuit économique, par le jeu de l’impôt sur le capital remplaçant l’impôt sur la fortune. Il suffit de taxer à partir d’une certaine somme les actifs financiers, suivant une échelle progressive du niveau de fortune. Il faut y ajouter la taxation des mouvements de capitaux. Enfin, il faut drainer l’épargne afin de la recycler par l’emprunt destiné à de grands travaux.

Pour réorganiser l’économie, on doit tendre vers un système économique dans lequel l’intervention de l’Etat ne sera pas indispensable. Il suffira non seulement de respecter la loi du marché et la loi de la concurrence, mais aussi d’interdire le monopole par des dispositifs légaux et réglementaires. Un Etat socialiste nouveau, soucieux d’écarter pour longtemps le danger des crises périodiques, ne pourra qu’instaurer des mécanismes de contrôle du capitalisme, par le biais de la loi, en vue du maintien de la croissance moyenne en Europe.

L’intervention de l’Etat reste fondamentale. De plus, l’augmentation de la masse monétaire encourage l’investissement, tandis que sa contraction le décourage. En effet, la masse monétaire ne dépend que de l’action de l’Etat par l’intermédiaire d’une banque centrale. L’antithèse de l’idéologie néo­classique fait que le gouvernement de l’Etat se trouve «investi du rôle de garde-fou, indispensable à la prospérité».

François Hollande initiera des réformes sociales favorables à une réduction de la disparité des conditions humaines, en limitant le plafond de la richesse individuelle. Ainsi obtiendra-t-on une amélioration financière des entreprises européennes, dont la productivité dopera le taux de croissance. Le président français aura à cœur la démocratie économique et sociale tant préconisée par les socialistes.

Une Europe politique doit donc mettre en œuvre une véritable économie sociale de marché avec une concurrence maîtrisée, loyale et saine. L’élection de François Hollande devra permettre des progrès, dans l’optique d’une Europe sociale susceptible d’abandonner l’idéologie libérale au profit d’une liberté d’entreprendre pour les entreprises publiques ou semi-publiques, tout comme pour les sociétés privées. De facto, la notion de monopole à l’échelon européen devra être redéfinie pour éviter les interprétations unilatérales des services de la Commission de Bruxelles.

Il est évident que la victoire de François Hollande permettra de mener la bataille en vue de la maîtrise de l’économie sociale, comme a déjà su le faire la social-démocratie. L’exemple à suivre est celui de tous ces socialistes qui, de Gracchus Babeuf à Karl Marx, de Jean Jaurès à François Mitterrand, se sont relayés avec force et vigueur pour tracer ce chemin.

L’hyperconcentration des richesses est l’une des causes de transformation des grandes récessions

en crises majeures

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