Si un grand nombre d’Américains crédules ont élu Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en vibrant au slogan «Make America great again», le reste du monde était en droit d’attendre de l’homme le plus puissant de la planète (affirmation non vérifiée mais vraisemblable) qu’il s’engage à «make the planet safe». Or, c’est un euphémisme, on reste sur sa faim à cet égard quand on se penche sur les positions prises par Donald Trump face aux grands défis planétaires.

Le réchauffement climatique et ses conséquences dramatiques? C’est, sinon un mythe, en tout cas un phénomène sans importance: il n’y aura plus aucune retenue dans l’exploitation des mines de charbon et des champs de pétrole.

Oublier tout espoir de progrès

La croissance démographique sur une planète saturée? Ce n’est certainement pas sur Donald Trump qu’il faut compter pour augmenter l’aide au développement (le sous-développement ayant un lien étroit avec la croissance démographique) et encore moins pour inclure la planification familiale au mépris de son électorat évangéliste.

Le désarmement nucléaire? Alors que sa nécessité devient aussi évidente que celle de ne pas donner d’allumettes à de petits enfants, dans un monde où se sont multipliés les pays en possession réelle ou virtuelle d’armes nucléaires, on peut oublier l’espoir de tout progrès dans les quatre ans à venir sur ce thème brûlant; comme d’ailleurs sur la question générale du désarmement, que ce soit au niveau international ou sur le plan interne, avec un président pour lequel le meilleur moyen d’éviter des carnages dans un lieu public est que tout le monde y entre avec son arme.

Plus la moindre pression à attendre sur Israël

Le pourrissement politique du Moyen-Orient? S’il reste une incertitude sur l’implication américaine en Syrie et en Irak, il ne fait déjà pas de doute qu’on ne peut plus espérer la moindre pression sur Israël en ce qui concerne sa politique de colonisation.

Quant au dossier économique, la recherche d’une réglementation internationale propre à équilibrer l’ouverture des marchés avec la justice sociale et la protection des intérêts locaux n’est plus d’actualité avec ce champion d’une dérégulation qui ne peut que renforcer le chaos et la révolte des laissés pour compte.

Les incertitudes sont si nombreuses qu’il est bien difficile de faire des pronostics. Mais il est fort probable que les Américains qui ont avalé «Make America great» aient bientôt en bouche le goût amer des «tru (o) mperies» de leur champion; et que les citoyens du monde doivent patienter quatre ans, dans l’espoir que la bureaucratie et la réalité des faits freinent l’avancée du nouveau président sur les grands axes qu’il a tracés.

Il serait urgent pour l’Europe de réagir

Quant à l’Europe, il serait urgent qu’elle réagisse avant que l’envolée de Trump ne donne des ailes – et parfois même le pouvoir – aux mini-Trump ou Trumpettes qui se multiplient. En prend-elle le chemin?

L’élection du président de la plus grande puissance mondiale met donc en lumière la double lecture qu’il faut aujourd’hui faire de tels événements. Au clivage obsolète gauche-droite dans lequel s’inscrivent encore les élections nationales, il faudrait superposer, sinon substituer un clivage haut-bas, soit une vision planétaire versus une vision au ras des pâquerettes.

Pas de «great America» sans une «safe planet»

Le problème est que la démocratie se situe au niveau national et que les politiciens privilégient la seconde approche face à des citoyens qui, ce que l’on peut comprendre en tout cas pour les plus démunis, s’accrochent à toute promesse, si fumeuse soit-elle, d’une amélioration de leur vie quotidienne.

La démocratie est trop souvent phagocytée par des aspirants dictateurs, mais si l’on doit à juste titre questionner son fonctionnement, il ne s’agit pas d’en contester le principe.

Elle reste toutefois bien aléatoire au-delà du niveau étatique et l’on en est réduit à espérer qu’une conscience planétaire se développe chez les citoyens, redonne vigueur au projet européen et pèse sur les élections nationales.

Il ne peut y avoir de «great America» sans une «safe planet»: faudra-t-il une multiplication de catastrophes pour que les citoyens américains, comme tous les autres, comprennent qu’ils sont aussi citoyens du monde?


Yves Sandoz est professeur honoraire de droit international humanitaire

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