Le monde est aujourd’hui bien différent de ce qu’il était encore en juin 2016. Le Brexit, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis puis son entrée en fonction chaotique, tout récemment les élections présidentielle puis législatives en France, le quasi-suicide de Theresa May dans une tentative ratée de conforter son pouvoir et d’imposer sa vision du Brexit, ont à la fois secoué les Etats en bousculant l’espace géostratégique dans lequel ils s’inscrivaient et les peuples dans leurs relations à leurs gouvernants.

La Suisse est certes unique au monde, et à nulle autre nation comparable, mais il y aurait tout de même, à défaut de leçons, puisque nul ne saurait nous en donner, quelques éléments de réflexion à tirer de ces profonds bouleversements, qui affectent notre environnement proche et lointain.

L'UDC et le populisme

Au moment où le Conseil fédéral devrait préciser ses options en matière de politique européenne – à vrai dire l’on n’attend pas grand-chose de sa séance spéciale de vendredi – et où l’UDC s’apprête à lancer son initiative pour la dénonciation de la libre circulation des personnes, il est tout particulièrement intéressant de voir les affres dans lesquelles se débattent les artisans du Brexit.

Après la catastrophe des dernières élections législatives que Theresa May s’est infligée et a infligé à son parti, apparaît un affrontement entre les partisans de deux modèles inconciliables de sortie de l’UE: l’un donnant la priorité au maintien de l’accès au grand marché, l’autre à la maîtrise de l’immigration. C’est exactement la question que va poser, quand bien même ses auteurs dénoncent toute contradiction entre ces deux objectifs, l’initiative que va lancer l’UDC. Il ne manque pas de sel non plus de voir la presse britannique évoquer comme solution une entrée dans l’Espace économique européen (EEE), sur le modèle de la Norvège.

Il n'y a pas eu de printemps des populismes

Seconde secousse politique tellurique après le choix des Britanniques de quitter l’UE, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en novembre dernier semblait par ailleurs promettre un printemps des populismes sur le Vieux Continent. Ils n’ont éclos ni en Autriche en décembre, ni en Hollande en mars, ils ne progressent pas autant que prévu en Allemagne, et ce dernier week-end aura confirmé cette tendance générale. En France, le Front national a enregistré une sévère déconvenue et il en a été de même en Italie pour le mouvement protestataire de Beppe Grillo, qui a connu l’échec dans plusieurs grandes villes de la Péninsule. En début de semaine encore, une majorité des députés du parti des Vrais Finlandais a quitté l’aile droite du parti, permettant ainsi d’éviter une crise gouvernementale. On pourrait peut-être esquisser un parallèle avec la succession d’échecs dans des votations fédérales et des déconvenues dans les cantons romands rencontrés par l’UDC.

Le retour du péril jaune

Rien de tout cela ne paraît avoir suscité beaucoup d’intérêt dans les milieux politiques suisses (à noter toutefois une intéressante réflexion de Felix E. Müller dans la «NZZ» du dimanche 11 juin).

On doit tout de même mentionner l’esprit d’à propos du président du PS, qui s’est empressé de saluer la performance des travaillistes jeudi dernier à Londres, comme l’augure d’un nouvel élan pour la social-démocratie. La pertinence de cette observation aura duré trois jours, jusqu’à l’explosion en vol du PS à Paris.

D’autres milieux ont quant à eux trouvé une source d’inspiration dans le cirque trumpesque: dénoncer les méchants Chinois, avec lesquels, soit dit en passant, on a été extrêmement fiers de signer un accord de libre-échange. Les Alémaniques ont trouvé un nouveau cheval de bataille: sauver les entreprises suisses de la frénésie d’achat des Chinois. «Schweiz first!» titre le Blick. UDC, PLR et PDC paraissent prêts à embrayer sur ce nouvel avatar du péril jaune. Dans une actualité de politique nationale languissante, quelle belle matière pour remplir le trou de l’été. «Make Switzerland Swiss again», voilà un thème qui tombe du ciel pour les orateurs du 1er Août.


La précédente chronique: RASA: quand la solution devient problème.