Revue de presse

«Make Trump small again»: les médias commentent les «midterms»

Les premières réactions de la presse hors Etats-Unis montrent que l’état de grâce intérieur, c’est fini. Mais la victoire, peu nette, des démocrates à la Chambre des représentants va aussi compliquer la donne internationale pour la Maison-Blanche. Ou la simplifier, c’est selon

Les sondages le prédisaient: aux Etats-Unis, les démocrates ont donc pris ce mardi le contrôle de la Chambre des représentants, tandis que les républicains maintiennent leur contrôle du Sénat au terme des élections de mi-mandat. Voici quelles sont les premières réactions de la presse internationale et ses dernières analyses à la veille du scrutin.

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Une chose paraît claire: on est loin d’une vague bleue en faveur des démocrates. «La cohabitation risque d’être difficile. […] Les Etats-Unis se retrouveront […], en janvier 2019, avec un 116e Congrès divisé, dans une société marquée par un profond clivage autour de la personne du président», aux yeux de la RTBF, à Bruxelles. Au Japon, l’Asahi Shimbun va jusqu’à dire que «M. Trump est vaincu» et le Star de Johannesburg qu’il s’agit d’une «réprimande». A Rio de Janeiro, O Globo juge de son côté que le président va rencontrer «des obstacles dans son agenda», qu’il n’a pas «fini de remplir».

Libération pense pour sa part que «Trump a bien perdu». L’homme ment «trente fois par jour en moyenne» et la première contre-vérité de la journée est tombée tôt ce matin lorsqu’il a déclaré que ces élections représentaient «un immense succès». Mais «en fait, c’est une défaite claire et nette». «Le président devra désormais composer avec une chambre hostile pour faire voter les projets législatifs qui lui tiennent à cœur. Dans une configuration fréquente aux Etats-Unis, Trump devra mettre beaucoup d’eau dans son vinaigre pour les deux années qui viennent.»

«Make America great again», claironnait Trump. Dans la principale élection de ce scrutin multiforme, les électeurs ont répondu: «Make Trump small again», écrit Laurent Joffrin. «Perdre n’est pas gagner. Une défaite est une défaite.» Il rappelle aussi que «ces élections ont eu lieu dans un climat d’euphorie économique, avec une croissance insolente entamée sous Obama, un taux de chômage historiquement bas et des salaires repartis à la hausse, y compris chez les Afro-Américains».

Alors, que deviendront ses «embardées […] en politique étrangère»? «Elles consternent ses alliés plus que ses électeurs, qui observent de très loin ce qui se passe hors des Etats-Unis, dit le directeur de Libé. A cela [s’ajoute] l’extravagante propagande organisée autour de la caravane de migrants venus d’Amérique latine en marche vers la frontière des Etats-Unis, pauvres gens chassés par la misère que Trump et ses acolytes [assimilent] jour et nuit à une horde de délinquants.» Si les combattants anti-Trump ont donc «gagné une bataille, […] la lutte ne fait que commencer pour un Parti démocrate privé de leader incontestable, dans un pays revigoré par la prospérité. En dépit de ce succès, l’élection de 2020 reste entièrement ouverte.»

En ce qui concerne le Proche-Orient, à Tel-Aviv, les analystes favorables à la politique gouvernementale de Netanyahou et aux sanctions contre l’Iran affirment qu’«il n’y a aucun moyen de savoir comment va s’achever [la] partie de bras de fer entre le régime islamique et les Etats-Unis», lit-on dans le Times of Israel. Mais «les Iraniens en sauront probablement davantage» lorsque le calme sera revenu après les «midterms». Comme les républicains ont enregistré un score plutôt mauvais, ils «pourront nourrir l’espoir de survivre à Trump».

En gros, il faut donc relativiser le succès des démocrates, comme l’écrivait déjà lundi le Daily Telegraph, à Londres, dans un article repéré par le site Eurotopics, «il n’y a pas de gagnant clair. Et c’est peut-être la meilleure des issues. Une chambre basse démocrate [demandera] des comptes au président, mais un Sénat républicain [empêchera] la chambre basse de le destituer – un acte qui aurait été susceptible de plonger le pays dans une sorte de guerre civile.»

Avec des démocrates «qui ont perdu la majorité à la Chambre des représentants dès 2014 avant de perdre la loterie présidentielle en 2016 avec la candidature Clinton», les Américains ne savaient surtout «pas vraiment sur quel pied danser», selon le quotidien slovène Vecer. Ils avaient deux options: «L’option patriotique mais bornée du républicain Donald Trump et l’option de l’ouverture démocrate, toutefois dénuée de véritable vision et aux contenus insipides.» Il leur fallait choisir «entre la peste et le choléra».

«La vie, c’est comme une boîte de chocolats»

Sur le site Investir.ch, on lit par ailleurs un article très marrant, intitulé «Forrest Gump Day et ça continue aujourd’hui», car «la vie, c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber». En matière boursière, on n’avait encore «aucune idée», ces derniers jours, «de ce qui devrait ou pourrait se passer après l’annonce des résultats. J’en veux pour preuve l’élection de Trump il y a deux ans: le marché était convaincu qu’en cas d’élection d’un mec issu de la téléréalité, le marché se ferait démonter la tête.»

Deux ans plus tard, poursuit le rigolo rédacteur, «on est 30% plus haut et tout le monde est d’accord pour dire que même si l’on n’aime pas Trump et qu’on a connu des footballeurs bien plus intelligents, il aura été «bon» pour l’économie jusque-là et que, lui, il ne confond pas ses cartes de crédit».

En Chine et en Russie

Mais dans le fond, c’est surtout plus à l’est que ces «midterms» intéressent. Plus particulièrement dans l’Empire du Milieu, où le South China Morning Post, à Hongkong, semble déjà se réjouir que «la mainmise républicaine sur le pouvoir à Washington [soit] brisée» et donne ainsi quelque espoir à Pékin que les taxes sur les importations chinoises aux Etats-Unis soient assouplies.

En Russie aussi, la perte d’influence des républicains n’est pas pour déplaire au Kremlin. Kommersant, «dans le contexte des accusations des démocrates selon lesquelles des membres de l’équipe de Donald Trump [auraient pu] avoir des liens avec Moscou à la veille des élections», insiste surtout sur le fait que «le président américain a soudainement annoncé l’annulation de la réunion qu’il devait avoir avec Vladimir Poutine» lors de commémorations du centenaire de l’armistice de 1918 à Paris, ce week-end.

Moscou espère également que la Maison-Blanche soit davantage tournée vers les problèmes intérieurs du pays au cours de la seconde partie du mandat de son locataire actuel. Et oublie donc un peu ce que la Russie nie éperdument au sujet d’une éventuelle influence sur le cours de ces élections. Les deux premières années de Donald Trump se sont en effet «caractérisées par des tensions sans précédent avec la Chine», mais aussi par ces fameuses «accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle», largement portées par les démocrates. Alors, comment observe-t-on les élections de mi-mandat depuis ces deux pays? Ce sont les questions auxquelles ont tenté de répondre, mardi soir dans le Forum radiophonique de la RTS, ses correspondants à Moscou et à Pékin:

Autre optique, voire contraire, dans le quotidien bulgare Trud, qui prévoit de nouvelles «turbulences […] pour le reste du monde». Avec leur majorité […], les démocrates prendront le contrôle des finances et d’une partie des postes clés à la tête de commissions. Cela risque de compromettre sérieusement les plans nationaux de Trump – des changements législatifs prévus à la réforme fiscale, en passant par l’approbation du financement par le budget public de la construction du fameux mur à la frontière avec le Mexique.»

Et puis, le Parti démocrate «lancera des enquêtes quant au patrimoine de Trump, et, si la procédure en cours sur les liens avec la Russie le permet, […] il intentera une action pour abus de pouvoir contre le président, même si ces accusations devaient in fine être rejetées par le Sénat», prévient le Helsingin Sanomat, en Finlande. A partir de là, dit le journal de Sofia, «on est en droit de croire» que le président se repliera sur la politique extérieure et qu’«il portera toute son attention au reste du monde pour impressionner ses partisans ces deux prochaines années. Et c’est nous qui trinquerons.»

Croupières et charcutage

A Montréal, Le Devoir pense que «plusieurs Américains se lèveront avec un gros mal de tête, ce matin. Et d’autres auront certainement le cœur plus léger après des semaines de campagne acrimonieuse.» Et à Paris, Le Figaro juge que «les démocrates ont taillé des croupières aux républicains dans l’électorat modéré des banlieues, où Trump est impopulaire. […] Compte tenu des effets du charcutage électoral, [ils] célébraient mardi soir cette fameuse «vague bleue», dont la hauteur restait toutefois à mesurer avec précision.»

A Rome, selon le Corriere della sera, Donald Trump va devoir «faire face à des enquêtes parlementaires en série poursuivant ce but ultime: sa destitution. Mais cela lui [permettra] aussi de transformer la campagne 2020 en une guerre des tranchées, sa spécialité, et d’imputer aux démocrates la responsabilité de la fin du boom économique qui se profile à l’horizon.» Toutefois, la menace de destitution désormais rendue impossible par le «nouveau» Sénat, «la tentative de défenestrer» le président deviendra «inévitablement le cœur de la campagne» présidentielle de 2020.

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