Opinion

La maladie du système de santé

Pour redevenir crédible, le système de santé doit traiter les épidémies anthropogènes au même titre que les épidémies biogènes, écrit le docteur Roland Niedermann

Le Temps ouvrait son édition du 10 mai dernier sur ce grand titre: «Un système de santé malade de ses coûts». Et si les coûts n’étaient que les symptômes d’une maladie plus profonde? Voici quelques faits qui devraient intéresser les payeurs de primes maladie, les citoyens, mais aussi les responsables du système et naturellement les médecins:

1) Aujourd’hui, la situation sanitaire est caractérisée par trois grands groupes de maladies: les maladies non transmissibles MNT évitables, représentant entre 40 et 50% des pathologies; les MNT non évitables (entre 30 et 40%) et en dernier lieu les maladies transmissibles MT, environ 20%.

2) Tandis qu’au début du dernier siècle les maladies transmissibles dominaient la situation sanitaire, c’est dans sa deuxième moitié que les maladies non transmissibles MNT passèrent en tête pour dominer aujourd’hui à 80% dont, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de la moitié sont évitables.

3) Les MT évitables ont été largement réduites moyennant des mesures d’hygiène collectives dont témoigne la loi sur les épidémies, et des mesures individuelles. Cette réduction commença avant l’ère des antibiotiques.

4) La leçon de l’amiante. Ce minéral extraordinaire a connu une utilisation industrielle croissante surtout au XXe siècle, mais les ouvriers, leurs organisations et la médecine ont constaté la croissance des maladies et des morts dues à ce matériau. Depuis les années 1960, la réponse du système de santé consistait en des mesures de plus en plus sophistiquées pour protéger, contrôler et soigner les victimes. Malgré ses efforts, cette politique s’est révélée insuffisante: le prix à payer en maladie, en vie humaine et finalement en argent était devenu tel que l’amiante a été interdit en 1989. Cette hiérarchie – la vie et la santé des personnes exposées valent plus qu’une industrie lucrative – renouait avec l’impératif médical millénaire: primum non nocere.

Le système de santé actuel ne reconnaît pas le caractère épidémique des maladies non transmissibles évitables

5) L’OFSP et l’OMS sont claires: plus de la moitié des MNT sont évitables, et la science médicale attribue à la majorité de ces affections le statut d’épidémie. Et à l’instar des maladies dues à l’utilisation industrielle de l’amiante, il s’agit de pathologies anthropogènes.

6) La seule réponse scientifiquement qualifiée, efficace, adéquate et économique (EAE) à une épidémie ce sont des mesures épidémiologiques se cristallisant dans la loi sur les épidémies, qui traitera à égalité et les épidémies anthropogènes et les épidémies biogènes. Ainsi, pour presque la moitié des maladies actuelles et comme nous l’avons vu concernant l’amiante, les protections et contrôles, les soins et leurs prestations de plus en plus sophistiqués ne remplissent pas les critères de qualité EAE.

7) Le système de santé actuel ne reconnaît pas le caractère épidémique des MNT évitables. Ainsi il prive la population de la première mesure médicalement indiquée face aux épidémies anthropogènes. Il est dominé par l’erreur médicale de les soigner individuellement. Il en résulte la croissance continue de ces épidémies et son corollaire, la hausse des prestations et de leurs coûts dits «de santé» à charge des payeurs de primes maladie.

Pour redevenir crédible, le système doit infléchir la croissance du premier groupe des MNT et agir selon les principes de la médecine scientifique: traiter les épidémies anthropogènes au même titre que les épidémies biogènes.

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