Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

La malédiction des déchets

Quarante ans se sont écoulés depuis la création de la Nagra, or les pannes et les échecs du consortium ont une longue tradition. Son maigre bilan inspire les doutes sur sa mission. Pourquoi ne pas reconnaître qu’elle est impossible et chercher des alternatives crédibles?

«Nous allons sensibiliser nos ingénieurs à la dimension politique de leurs activités», a déclaré cette semaine Pankraz Freitag, président de la Nagra. Le consortium chargé de gérer les déchets radioactifs des centrales nucléaires suisses a encore défrayé la chronique. La fuite dans la presse d’un document sensible a relancé le soupçon de partialité de la Nagra. En cette matière brûlante, une brindille suffit à raviver les flammes d’un feu jamais éteint.

Les pannes et les échecs du consortium ont une longue tradition. Quand la Nagra était connue des Romands sous l’acronyme Cedra, ses démêlés avec Ollon avaient donné lieu à un feuilleton épique. Un site d’anhydrite au Bois de la Glaive, sur la commune vigneronne voisine de Bex, figurait sur une liste de sites à explorer. Le but était de définir le lieu le plus approprié pour héberger le futur dépôt de stockage définitif des déchets de faible et moyenne radioactivité. Dans un article que j’avais signé en janvier 1989, Hans Issler, à l’époque directeur de la Cedra, tirait les leçons d’un épisode qui avait exposé ses géologues et ingénieurs à la vindicte des habitants d’Ollon. Au mot près, il me servait la même phrase contrite que l’actuel président de la Nagra!

Vingt-trois ans ont passé. Quarante ans se sont écoulés depuis la création du consortium. Faut-il parler d’un bilan accablant? Un concept de stockage des déchets radioactifs existe, détaillé noir sur blanc dans des documents validés par les organes de surveillance de l’industrie nucléaire et par le Conseil fédéral. Il mise sur l’enfouissement définitif des déchets dans un dépôt sécurisé, créé en un lieu sûr, retenu pour son extrême stabilité géologique. Mais les démarches pour faire avancer le schmilblick dérapent régulièrement et échouent toujours sur des refus populaires.

Les Neinsager d’Ollon ont eu raison, à l’usure, de la Cedra. A l’époque, l’industrie nucléaire avait beau jeu de déplorer l’égoïsme et l’insouciance de ces Welsches caricaturés en irréductibles Gaulois du village d’Astérix. La Nagra a ensuite fait les yeux doux à la commune de Wolfenschiessen, dans le canton de Nidwald. Le respect de l’autorité et le sens patriotique aiguisé prêtés à ces Helvètes de la Suisse originelle annonçaient des auspices favorables. Mais à deux reprises, en 1995 et en 2002, les Nidwaldiens dirent non à la Nagra, désavouant leurs autorités dans les urnes.

A ce stade, cher lecteur, je vous interpelle: on vous annonce la construction d’un dépôt de déchets radioactifs à côté de votre jardin, que dites-vous? Déjà que la peur de l’atome a quelque chose d’irrationnel… Enfouir les déchets 100 mètres sous terre, imaginer qu’un jour on fermera à clef la porte du dépôt, abandonnant à leur sommeil les fûts empoisonnés pour les 100 000 prochaines années, cela crée pour le moins un certain malaise.

Parmi les pays démocratiques qui ont parié sur l’atome, plusieurs envisagent un stockage définitif de leurs déchets radioactifs sur le modèle suisse. Mais seule la Suède a réussi à le concrétiser. J’ai visité la caverne de Forsmark au bord de la mer Baltique en 1992. Le lieu choisi est un massif granitique vieux de plusieurs centaines de millions d’années, à peine fracturé et d’une rare stabilité; le site parfait, salué à l’unisson par les géologues. La densité de population dans un rayon de 50 kilomètres autour du dépôt est par ailleurs ridiculement basse. Cela a aidé.

On est très loin des conditions du Plateau suisse, avec sa géologie complexe et sa forte densité de population. Ajoutez que le peuple suisse a été élevé au biberon de la démocratie directe. Le priver de ses droits quand l’on redoute son avis sur un sujet sensible n’est pas la meilleure façon de dissiper la méfiance.

La mission de la Nagra est tout simplement impossible. Pourquoi ne pas le reconnaître? Les Pays-Bas misent sur un entreposage définitif de leurs déchets sur le site de leurs centrales, sous surveillance humaine. C’est la solution transitoire suisse, mais pérennisée.

Entendons aussi les physiciens qui trouvent absurde le stockage définitif, synonyme d’abandon des déchets. Ils préconisent leur «transmutation», une procédure consistant à les brûler et à récupérer la chaleur ainsi dégagée pour du chauffage à distance. Réinjecter les déchets dans l’installation qui les a créés: on peut espérer que ce sera, un jour, la meilleure voie pour les recycler.

 

 

Imaginer qu’un jour on fermera à clef la porte du dépôt, abandonnant à leur sommeil les fûts empoisonnés…

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)