Après l’explosion des prix de l’essence et du chauffage, voici le choc des primes. Que la hausse n’atteigne que 6,6% au lieu des 10% annoncés stratégiquement par la faîtière des caisses Santésuisse et que l’inflation reste maîtrisée en Suisse n’y change rien. Dans certains cantons comme Genève ou Bâle, la facture des primes augmentera parfois de près de 1000 francs par an pour un couple avec deux enfants. Les citoyennes et citoyens suisses perdront de leur pouvoir d’achat l’an prochain.

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Qui est responsable de la situation? On entend déjà la vindicte populaire: le bouc émissaire tout désigné est Alain Berset, «pilote incompétent et dépassé du système de santé». Puis viennent le parlement «sous l’influence néfaste des lobbyistes», les assureurs «aux CEO trop grassement payés et aux réserves exorbitantes» et les médecins spécialistes «qui multiplient les actes superflus».

Réalité complexe

Il est tentant de vouloir jeter des anathèmes sur les divers acteurs du système. Or, la réalité du terrain est plus complexe. Réclamer une baisse des coûts relève du slogan populiste éculé. L’enveloppe des dépenses de l’assurance de base, d’environ 35 milliards de francs, continuera à augmenter. Les progrès technologiques de la médecine, auxquels toutes et tous veulent avoir accès, et le vieillissement de la population – «une vie en plus» selon le professeur français Joël de Rosnay – y contribueront toujours.

En revanche, il est possible de juguler les coûts de la santé dans une fourchette de 2 à 3% par an au lieu des 4 à 6% qui menacent les années prochaines. Mais pour atteindre ce but-là, il faut que tous les acteurs de la santé tirent à la même corde et consentent à une symétrie des sacrifices.

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Le parlement, qui a enterré sans gloire la réforme des médicaments génériques, devrait avoir le courage de défendre les patients plutôt que les intérêts de certains acteurs de la santé. Quant aux associations faîtières des caisses Santésuisse et Curafutura, elles pourraient mettre enfin un terme à leur puérile rivalité afin d’entériner un nouveau tarif de prestations, tant l’actuel Tarmed est dépassé.

Politiquement, la campagne des élections fédérales d’octobre 2023 s’annonce agitée. Cette forte hausse des primes va doper l’initiative du PS, ou plutôt son contre-projet approuvé par le Conseil national d’injecter 2 milliards pour amortir le choc. Le Conseil des Etats, qui doit encore l’approuver, sera plus que jamais sous pression. Même s’il faut être conscient qu’on ne s’attaque pas à la racine des problèmes.

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