Revue de presse

Mamma mia! L’Italie évincée du Mondial de foot

Une première depuis 60 ans, comme on peut le lire dans nos archives. En 2018, la Squadra azzurra n’ira pas en Russie, battue en barrage par la Suède lundi soir à Milan. Les médias transalpins sont tétanisés, c’est un séisme national

Il y a eu ces larmes, terribles, de Gianluigi Buffon, 39 ans et 175 sélections au sein de la Nazionale. Un gardien mythique qui aurait dû jouer sa sixième Coupe du monde en Russie, un record absolu. Mais il y a surtout eu, au bout du compte, au bout de la curée des Azzurri vécue lundi soir à San Siro, ce séisme qui dépasse largement les frontières transalpines. La Squadra éliminée d’un Mondial de foot pour la première fois depuis 60 ans! Evincée, l’équipe qui les a tous joués, ces Mondiaux, depuis 1962, et les a remportés à quatre reprises. Ce mardi matin, l’Italie est KO debout. Et il y en a qui font semblant de trouver ça drôle.

Mamma mia! A la fin du match nul contre la Suède à Milan (0-0), l’AFP a recueilli quelques réactions. Eloquentes. «Je ne pensais pas voir cela une seule fois dans ma vie», lâche, dépité, Andrea, 31 ans, dans un bar à Rome. «Du jamais vu, je n’y crois pas, c’est fini», lance tout aussi abattu Davide, 27 ans. «C’est terrible», murmure de son côté Francesca, qui se demande si son père se remettra jamais d’une Coupe du monde sans l’Italie. Ce «cauchemar» que les Italiens n’avaient plus vécu depuis 1958, lorsque la Squadra avait perdu contre l’Irlande du Nord à Belfast (lire le complément à la fin de cet article). Ironie de l’histoire qu’apprécieront les Italo-Suisses. Mais «vergogna nazionale», «Italia, che tristezza», avoue tout de suite Il Messaggero.

«C’est ça, l’apocalypse»

«On est hors du Mondial!» La presse peine donc à le croire. A réaliser que l’Italie, ce pays où le calcio se vit quasi comme une religion, ait pu céder son ticket presque automatique: «C’est ça, l’apocalypse», martèle la Gazzetta dello sport, en évoquant «des occasions ratées, un penalty refusé et un peu de malchance», «un flop technique et tactique qui laisse sans voix». En conclusion, il est donc «temps de s’intéresser aux soirées de juin et juillet 2018: les concerts, les festivals, les films. Tout faire pour éviter de regarder les matches de la Suède en Russie en 2018, parce que ce sera trop douloureux.» Et aujourd’hui, c’est «un désastre» pour Il Fatto quotidiano. Qui occasionne un concert de lamentations sur Twitter, avec le mot-dièse #ITASWE.

Avec ses multiples photos de joueurs en sanglots, le Corriere della sera et le Corriere dello sport parlent de «honte footballistique intolérable», de «tache indélébile»: «Tant d’occasions, et si peu de lucidité…» C’est «un dommage incalculable» que les Suédois ont causé dans la Botte. «Un siège», comme si l’on était en temps de guerre… «Maudit 0-0», enchaîne Tuttosport: «Nous n’irons pas en Russie. […] Cela nous laisse presque sans mots, avec une énorme déception, […] il était impensable que les Azzurri manquent cette qualification. Mais il faut voir la réalité en face»: on a d’abord affaire à la «faillite» d’un homme, l’entraîneur, Giampiero Ventura.

Le sélectionneur italien a d’ailleurs fait cette déclaration marquante après l’élimination de la Nazionale: «Je demande pardon aux Italiens.» Aux médias, dont L’Equipe, il a confié, à minuit et quart quand il s’est présenté devant la presse, «le visage grave, visiblement abattu»: «C’est un résultat désastreux. […] La responsabilité? Dans le football, c’est l’entraîneur, quand le résultat n’est pas celui escompté. La chance ou la malchance ne comptent pas. […] C’était quelque chose qui pouvait arriver et je suis déçu, très déçu vraiment. […] Mais on ne peut pas attaquer le sérieux, la volonté et le professionnalisme avec lesquels j’ai fait ce travail.»

«C’est comme ça, c’est vraiment arrivé»

Les fameuses larmes de Gigi Buffon «font très mal», se désole un blogueur hébergé par La Repubblica: «Il aurait mérité une fin de carrière très différente. Mais c’est comme ça, c’est vraiment arrivé. […] Ainsi se profilent des années sombres pour le football italien. […] Nous avons beaucoup de problèmes, nous n’aimons pas notre football, notre championnat, […] nous avons des leaders franchement sans imagination. […] Mais après l’échec retentissant des Azzurri, il ne faut surtout pas s’effondrer totalement, ce qui nous ferait encore reculer.» Et de se demander à qui sera la faute si, à l’avenir, «il n’y a pas de bons joueurs du tout, de champions pour faire fonctionner l’équipe, de jeunes pour construire le futur».

«La chute, le plus mauvais résultat de notre équipe nationale», renchérit La Stampa:«Bien sûr, il y a pire dans la vie. Mais dans le genre, ce n’est pas facile à avaler. […] Mais maintenant, ça fait mal, c’est une douleur à en mourir.» A tel point que Buffon «s’est excusé auprès des enfants» qui en rêvaient encore, de la Russie. «Pauvre Italie» que celle-ci, vaincue: «C’est un mystère, un des nombreux. Malheureusement, le moment viendra où il faudra clarifier» cette «défaite noire d’un pays qui a perdu le cœur bleu», selon l’expression d’Il Giornale.

Séchons nos larmes!

Mais «peut-être que cela devait arriver tôt ou tard, tempère Avvenire. Deux ou trois générations d’Italiens découvriront peut-être des championnats du monde de football inconnus, amers, incroyables, sans l’Italie. […] Il faut donc sécher nos larmes, dépasser le deuil, profiter de cette crise et l’exploiter comme une occasion de redémarrer.»

Mais pour l’heure, «ô rage, ô désespoir […]. Zéro énergie, zéro but, zéro point. San Siro a soudain senti le gel de novembre […] et l’été prochain, quelle douleur…»


Le précédent ubuesque de 1957-1958 (archives)

Le précédent échec de la Squadra azzurra en qualifications de la Coupe du monde date de 60 ans, pour le Mondial de 1958 en… Suède. Dans des conditions ubuesques. D’abord, le 4 décembre 1957 à Belfast, le match ne compte pas et est transformé en rencontre amicale! En cause, comme l’explique le Journal de Genève du lendemain, «l’arbitre hongrois, M. Zsolt, et ses compatriotes juges de touche, bloqués par le brouillard à Londres», qui «ne sont pas arrivés à l’heure prévue pour le coup d’envoi».

L’information est alors «mal accueillie par les 50 000 spectateurs». Puis le match manque «de dégénérer en bagarre avant de se terminer par un score nul (2-2), dans la plus grande confusion. […] A l’issue de la rencontre, le foule envahit le terrain et, devant une situation menaçante, des renforts de police, appelés d’urgence», entourent alors «les joueurs italiens» pour les «protéger jusqu’à la sortie du stade». La Gazette de Lausanne précise qu’«à la suite d’un accrochage avec un Irlandais, l’Italien Chiapella» a été «expulsé du terrain sous les hurlements de la foule qui lui lançait des projectiles de toutes sortes».

Jamais le dimanche…

On remet donc le couvert à Belfast le 15 janvier 1958, et pour la deuxième fois, le brouillard compromet «le déroulement normal de la rencontre». Cette fois, rapporte le Journal de Genève, «c’est le gardien de l’Irlande du Nord» qui se trouve «immobilisé à l’aéroport de Manchester». L’avion qui doit le transporter n’est pas «autorisé à décoller, la visibilité étant nulle. Harry Bregg avait défendu la veille les couleurs de Manchester United en quart de finale de la Coupe des champions européens, contre Etoile Rouge de Belgrade.» A Belfast, il doit donc être remplacé.

A l’issue du match, battue 2-1, «l’Italie, seule nation à avoir remporté (deux fois) la Coupe du monde avec l’Uruguay (deux fois également), et l’Allemagne (actuel détenteur du titre), se voit privée de l’accession à l’ultime phase de la compétition… tout comme l’Uruguay, d’ailleurs!»

Tout n’est cependant pas fini pour la Squadra azzurra, s’amuse la Gazette de Lausanne, «l’Irlande posant une condition sine qua non à sa participation aux finales du Championnat du monde. Bons catholiques, les Irlandais refusent de jouer le dimanche et ils déclareraient forfait si les Suédois les y obligeaient. L’Italie classée deuxième du groupe serait alors qualifiée. Mais le Portugal ne l’entend pas de cette oreille: «L’Irlande se retire, bien», disent les Portugais. «En ce cas, les matchs joués contre l’Irlande lors du tour éliminatoire ne doivent plus compter. L’Italie nous a battus 3 à 0, nous avons, nous aussi, battu l’Italie 3 à 0, nous sommes donc ex aequo et un match de barrage doit nous départager.»

Mais rien de tout cela n’arriva. L’Irlande du Nord est battue en quart de finale contre la France (4-0), le 19 juin 1958 à Norrköping:

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