Médias

Sans maquillage, Sara Forestier fait tomber les masques

La réalisatrice française s’est présentée sans maquillage sur le plateau de l’émission «Stupéfiant!» de France 2. Objectif: dénoncer «l’injonction à être sexy». La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux

Sous les projecteurs et sans fard. L’actrice et réalisatrice Sara Forestier a refusé lundi d’être maquillée et coiffée dans l’émission Stupéfiant! de France 2. Face à la présentatrice Léa Salamé, elle a justifié sa décision d’apparaître au naturel devant les caméras. «J’adore le maquillage, j’adore la féminité, j’aime les nus, mais j’ai un problème avec l’injonction. Il y a cette injonction à être toujours sexy, glamour. Or, une femme ce n’est pas que ça», affirme-t-elle, en prenant l’exemple du mouvement No make up popularisé par la chanteuse Alicia Keys.

Depuis quelques jours, Sara Forestier enchaîne les apparitions médiatiques pour présenter M, son premier film en tant que réalisatrice. Elle profite de cette occasion pour défendre la place des femmes dans le cinéma. Des personnalités talentueuses, et non pas des ambassadrices d’une beauté stéréotypée: «Mon métier, ce n’est pas d’être sexy, ce n’est pas d’être glamour, mon métier c’est de créer de l’émotion», ajoute la cinéaste de 31 ans. De nombreux médias ont partagé l’extrait vidéo de l’entretien, et des messages ont inondé les réseaux sociaux. «J’aime le principe, la liberté de pouvoir apparaître telle que l’on est», commente @littleflowerbok sur Twitter. «Elle lance un message fort sur l’image de la femme», s’enthousiasme @grainatome.

«C’est la caméra qui maquille»

Son initiative ne convainc pas Raphaël Enthoven. Le philosophe s’est emparé du sujet mercredi dans sa chronique sur Europe 1. Pour appuyer son propos, il invoque Jean-Jacques Rousseau et sa critique du règne des apparences dans la société. «Parler sans maquillage à l’œil d’une caméra, c’est se maquiller en celle qui ne se maquille pas. Quand Sara Forestier tombe le masque, elle porte le masque de celle qui tombe le masque», affirme-t-il, avant de conclure: «C’est la caméra qui maquille, pas le maquillage.»

Son raisonnement a surpris les internautes. «Ça va trop loin, Monsieur le philosophe», s’étonne Hélène Bekmezian, rédactrice en chef adjointe du Monde, sur Twitter. «Derrière cela, on explique encore aux femmes comment elles doivent se préparer ou mener leurs combats. Je ne sais pas si c’est voulu», s’inquiète @Aurelie_Gascon. Le philosophe aurait-il mal interprété les propos de Sara Forestier? Beaucoup le craignent, mais il balaie les critiques en quelques tweets. «Ma chronique ne porte pas sur Sara Forestier, mais, au-delà des questions de société, sur le sentiment qu’on montre son vrai visage quand on en supprime les artifices», répond-il à une internaute dubitative.

Je n’aime pas que l’on me force à faire quelque chose, j’écoute mes désirs, je donne ma sensualité à qui je veux

Sara Forestier

«Choses ahurissantes»

Le choix de Sara Forestier provoque un vif débat, mais il ne s’agit pas d’un vulgaire coup médiatique de sa part. Début janvier, elle jetait déjà un regard critique sur le côté «paillettes et glamour» de la carrière d’actrice. «Je n’aime pas que l’on me force à faire quelque chose, j’écoute mes désirs, je donne ma sensualité à qui je veux, dans un rôle, s’il s’y prête, ou à un homme dans ma vie privée. On formate les choses, mais la féminité ne s’ordonne pas, sinon elle perd sa magie», estimait-elle dans un entretien au Monde.

Dans l’émission Stupéfiant!, Sara Forestier revient également sur la vague de dénonciations de harcèlement sexuel déclenchée par l’affaire Weinstein. «J’ai connu des choses que je trouve ahurissantes. J’ai eu une fois un metteur en scène qui voulait coucher avec moi et qui me l’a dit très, très clairement. J’ai compris que si je ne couchais pas avec lui, je ne tournerais pas dans son film», raconte-t-elle, avant de préciser qu’elle a refusé ses avances. Tomber les masques pour faire avancer la cause des femmes.

Publicité