Pour s'imposer à droite, le Parti radical avait confié son destin à l'ancien caissier de la Société suisse des officiers, devenu directeur financier. Gerold Bührer est un homme de finances. Le nez dans les chiffres, incapable de prendre la mesure du malaise social, l'éphémère président rejoint Swiss Life dans sa chute. Il y a deux ans, les milieux économiques voulaient regagner du terrain politique. Affolé par la concurrence de l'UDC auprès des patrons zurichois, le Parti radical courait, lui, derrière l'économie. Il était fatal qu'ils se rejoignent: tout au fond de la corbeille de la Bourse. Avec Gerold Bührer, le parti avait adopté la pensée unique: le marché est supérieur à la bureaucratie, la concurrence pour tous. Le marché contre les valeurs. Par-dessus bord, la diversité radicale, à la fois populaire, entrepreneuriale, réformiste, conservatrice. Trop liée aux grandes débâcles – Swissair, Swiss Life, Credit Suisse – l'image du parti suit le sort de l'économie.

Avec cette stratégie, le Parti radical n'a gagné aucune élection cantonale, repris aucun suffrage à l'UDC. Mais il a perdu le combat des idées. Il y a peu, des esprits européens, des réformateurs, de fins constitutionnalistes radicaux dictaient l'agenda du débat politique suisse. Aujourd'hui, aucun des dirigeants ne donne le sentiment d'avoir ouvert un livre récemment. En tout cas pas celui de Pascal Couchepin, qui a dû se résoudre à confier la préface de son livre à son vieil adversaire socialiste Peter Bodenmann. Pourtant, à l'image d'une droite française qui entend publier sa «charte des valeurs», réconcilier «liberté» et «solidarité», «Nation» et «Europe», il y a de la place en Suisse pour un vrai parti libéral. Un parti qui défende une société régulée, respectueuse de l'éthique de l'Etat et de l'individu. Un parti qui concilie marché et valeurs.

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