Revue de presse

«En marche!»: Emmanuel Macron prend la France par surprise avec son mouvement politique

En lançant son propre club politique, le jeune ministre sans étiquette du gouvernement Valls II irrite à tous les étages

Comme à l’accoutumée, Wikipedia n’a pas lambiné avec les derniers soubresauts de l’actualité: à peine le jeune ministre «sans étiquette» de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique a-t-il lancé son mouvement politique qu’il en tient déjà compte. Et cela donne: «Énarque, inspecteur des Finances, il a été banquier d’affaires chez Rothschild & Cie avant d’être nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de François Hollande de mai 2012 à juin 2014. Depuis le 26 août 2014, il est ministre sans étiquette de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement Manuel Valls II. En avril 2016, il fonde le mouvement politique «En Marche!».

«En Marche!»: c’est donc le nom de ce mouvement dont Atlantico nous dit, bien en évidence, citant Emmanuel Macron lui-même: «"Il y aura une plateforme numérique, des volontaires, ce ne sera pas un mouvement politique comme les autres car je le veux ouvert", a expliqué le ministre de l’Economie.»

On met bien en évidence Atlantico parce que le choix de la citation n’est pas anodin: il contient les mots «numérique», «volontaires», «pas un mouvement politique comme les autres» et «ouvert». Or ces mots sont aujourd’hui des marqueurs de la fracture qui commence à marquer toujours plus le paysage mental de tous les pays du monde: la fracture générationnelle. Ce qu’a parfaitement saisi Atlantico en les mettant ainsi en majesté dans le chapeau de son article.

«Le fantasme Macron»

A peine annoncée, la création du mouvement d’Emmanuel Macron donnait du grain à moudre à toutes les rédactions de l’Hexagone. Le Monde, tout à ses Panama Papers - il faut dire que l’on ne s’ennuie pas non plus sur ce front-là – reprend largement une dépêche, mais place néanmoins un lien qui est tout un programme: un article de 2015 des excellentes Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, «Macron, un ovni en politique devenu «la coqueluche du Tout-Paris», lequel article place, lui, en lien un autre article, «Le fantasme Macron»… Cela s’appellerait-il savonner la planche d’un mouvement par liens interposés? Tsss… Attendons que Le Monde se fasse son opinion.

Au Figaro, Anne Rovan est plus diserte, «"En Marche!" est donc en marche, avec son clip de lancement, son site Internet, son compte Twitter, sa page Facebook et ses "financements privés", selon l’expression d’un proche du ministre. Macron souhaite "construire quelque chose d’autre", «essayer d’avancer» face aux «blocages de la société". Autant de raisons pour lesquelles "En Marche!" est transpartisan. "Je suis d’un gouvernement de gauche et je l’assume totalement avec les valeurs auxquelles je crois et ce qui me caractérise. Mais je veux travailler avec des gens qui se sentent aujourd’hui à droite, aussi", a souligné l’ancien banquier d’affaires.»

Réactions timides à l'Elysée

La journaliste note surtout avec gourmandise les réactions timides du côté de l’Elysée, et franchement sobres du côté de Matignon, pour ce nouveau mouvement politique qui piétine si allègrement les clivages entre la gauche et la droite: «mercredi soir, l’Élysée ne trouvait rien à redire de cette initiative qui pourrait éventuellement permettre à Hollande d’élargir sa base au second tour de 2017… s’il parvenait à passer le premier tour. «Tout ce qui participe à la réussite de l’exécutif et du collectif va dans le bon sens», assurait un proche du Hollande.

Du côté de Matignon, la petite musique est plus sobre, au regard des relations exécrables qu’entretiennent Manuel Valls et Emmanuel Macron. «"Tout ce qui soutient l’action de l’exécutif et du président de la République va dans le bon sens", confie un proche du premier ministre. On peine pourtant à croire que Valls vive sereinement les coups de menton d’un Macron qui, bon an mal an, est peut-être en train de poser les fondations du rassemblement des réformistes que le premier ministre appelle de ses vœux de longue date. "Entre eux, de toute façon, ça ne peut pas être pire», soupire, philosophe, un membre du gouvernement."»

Malaise croissant au Parti socialiste

Mais surtout, Anne Rovan insiste sur le malaise croissant qui monte, au PS, face à ce ministre si rafraîchissant et si iconoclaste avec les reliquats idéologiques de la gauche: «L’initiative de Macron risque toutefois de faire des vagues tant ses positions ont du mal à passer chez nombre de socialistes. Mercredi soir, le ministre a tour à tour critiqué les syndicats, les corps intermédiaires, les partis politiques, les statuts, notamment celui des fonctionnaires. «Le problème de son mouvement, c’est le contenu. On essaie de s’inscrire dans un gouvernement qui fait face aux réalités mais avec des valeurs. Et Macron va encore brouiller le message", râle un ministre. Pascale Boistard, secrétaire d’État aux Personnes âgées et proche de Manuel Valls, n’a pu s’empêcher d’envoyer une nouvelle flèche à Emmanuel Macron via son compte Twitter. «Écoutez Je marche seul de Jean-Jacques Goldman #Amiens.» À bon entendeur.»

Au HuffingtonPost, la salle de rédaction s’est, quand à elle, immédiatement mise au niveau du public que vise Emmanuel Macron: cette jeune génération qu’un personnel politique vieillissant commence à fatiguer sérieusement. Et c’est sur les réseaux qu’elle est allée chercher les réactions des internautes. Elle y a trouvé quelques perles, qui ne sont pas tendre pour l’énarque et le banquier d’affaires. Dont on extrait ce diamant absolu:

«En marche!» ne laisse décidément personne indifférent, à gauche, comme à droite, les quadras et les quinquas comme les jeunes. La preuve qu’il va faire bouger les lignes. C’est du moins ce qu’on lui souhaite.

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