Opinion

Marché du travail: ce que la France pourrait apprendre de la Suisse

La France pourrait s’inspirer de la Suisse pour dynamiser son marché du travail et sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Trois conseils pour y parvenir

Alors que la gouvernement français se prépare à réformer le code du travail, nous republions cet article posté en avril 2016 par Roger Piccand, ancien chef du Service de l’emploi du canton de Vaud.


Le marché suisse du travail est une success-story: le chômage est bas, les salaires élevés, les places de travail augmentent sans cesse et les travailleurs étrangers, plus nombreux chaque année, s’intègrent.

Le taux de chômage de la Suisse est de 3,6%. Celui des jeunes de moins de 25 ans de 3,4% (contre 25% en France et 19% dans la zone UE). En Suisse, le chômage de longue durée est faible, puisque 85% des chômeurs retrouvent un nouvel emploi en moins d’un an. Durant les dix dernières années, malgré la crise des «subprime», la Suisse a créé 600 000 emplois, soit une augmentation de 16%.

1,5 million d’étrangers travaillent en Suisse sur un total de quelque 5 millions de personnes actives. Plus de 300 000 frontaliers (dont quelque 165 000 Français) franchissent tous les jours la frontière pour rejoindre leur employeur helvétique. Enfin, last but not least, l’économie suisse rémunère très bien ses salariés. Le salaire médian est de 6200 francs (soit 5670 euros). Seuls 15% des salariés à plein-temps gagnent moins de 4000 francs (soit 3670 euros). Quelles sont les clés de ce succès?

Une excellente formation de base

Si près d’un tiers des jeunes suit une formation universitaire ou équivalente, les deux autres tiers accomplissent un apprentissage. Ils bénéficient d’une formation duale, pratique en entreprise et théorique en école. Les compétences acquises sont concrètes, opérationnelles et prisées des employeurs, favorisant ainsi une transition optimale entre la fin de l’apprentissage et le premier emploi.

Un droit du travail libéral

En Suisse, engager une collaboratrice ou un collaborateur est simple et rapide. Mettre fin aux relations contractuelles (de la part de l’employeur ou de l’employé) l’est tout autant: un contrat de travail peut être rompu dans les sept jours durant le mois de la période d’essai; avec un délai de dédite de un à trois mois par la suite, en fonction de la durée du lien contractuel. Des conventions collectives ou des contrats individuels peuvent bien entendu prévoir des périodes de résiliation plus longues. Un employeur décide par ailleurs en toute liberté s’il engage un Suisse ou un ressortissant de l’Union européenne; s’il engage en CDI, en CDD ou par l’intermédiaire d’une entreprise de location de services.

Une grande capacité d’innovation

Selon l’Organisation mondiale pour la propriété intellectuelle, la Suisse est depuis plusieurs années sur le podium des pays les plus innovateurs au monde. Cette vertu permet aux entreprises suisses d’écouler leurs produits dans le monde entier auprès de clients disposés à ouvrir largement leur porte-monnaie pour bénéficier de biens sophistiqués et technologiquement avancés. Créativité et compétitivité contribuent ainsi à la croissance et à la prospérité de l’économie suisse.

Quels enseignements pour la France?

Comparaison n’est pas raison. L’histoire économique suisse, la structure de son économie… sont très différentes des réalités hexagonales. Il n’en demeure pas moins trois constatations fondamentales.

Premier conseil

Premièrement, dans une économie globalisée, la croissance économique et la création d’emplois ne se promulguent pas par décret gouvernemental. Seules les économies compétitives au niveau international, les entreprises créatives et innovatrices connaissent le succès. Et seul ce succès permet de dégager des bénéfices, d’investir, de croître et de générer de l’emploi et de l’embauche.

Deuxième conseil

Deuxièmement, un chef d’entreprise sachant qu’il pourra licencier en cas de difficultés est un chef d’entreprise qui n’hésite pas à recruter de nouveaux collaborateurs et à augmenter ses effectifs. C’est ce mécanisme qui génère de l’insertion et qui permet de diminuer le chômage. C’est donc bien un Code du travail libéral qui stimule l’emploi et non des bases légales empêchant les licenciements. De telles règles ne font que protéger les personnes déjà en emploi. Elles tuent par contre l’embauche et la création de nouvelles places de travail. La crainte de voir un employeur licencier à tout va est une chimère: dans toute entreprise, l’employeur a autant besoin des compétences de ses collaborateurs que ses collaborateurs ont besoin de lui. Employeurs et employés ont donc bien des intérêts intimement communs et non des intérêts antinomiques et antagonistes.

Troisième conseil

Troisièmement, dans une économie compétitive et dans une ère de progrès technologique galopant où les connaissances deviennent rapidement obsolètes, la formation – de base et permanente – est l’enjeu fondamental de toute politique économique. Assurer une formation de qualité au plus grand nombre, faire en sorte que la formation soit un vecteur d’intégration sociale, politique et économique, que la formation soit un outil d’optimisation des chances sur le marché du travail est la mère des batailles.

Ce sont les individus bien formés pour affronter le marché du travail qui sont les hommes libres du XXIe siècle. Et non ceux qui pensent pouvoir se reposer sur des protections légales.


Roger Piccand, ancien chef du Service de l’emploi du canton de Vaud

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