Revue de presse

Le «mardi noir» de Swisscom: énigmatique et irritant. Mais drôle, aussi

Les médias tentent d’expliquer le blocage d’Internet qui a affecté, de longues heures durant, de nombreuses entreprises helvétiques utilisant la large bande pour leurs connexions. Il y avait là de quoi ironiser sur les réseaux sociaux

Alors que la Commission de la concurrence (Comco) a infligé mardi une lourde amende de 71,8 millions de francs à Swisscom, accusé d’occuper une position dominante dans le domaine de la diffusion sportive en direct par le biais de la télévision payante, les discussions allaient plutôt bon train en début de soirée chez les pendulaires sur un autre sujet. Soit l’autre point noir de la journée chez l’opérateur semi-public: une grosse panne de réseau, ce maudit «jour où Swisscom a planté Internet», comme l’écrit à la une Le Matin. Largement de quoi susciter l’ironie sur Twitter:

La panne aurait semé «le chaos», selon le quotidien orange. Mettant l’ex-régie fédérale aux abonnés absents pendant plusieurs heures, avec des téléphones fixes, des connexions web, des lecteurs de cartes et des bancomats en rade dans plusieurs villes de Suisse, dont Lausanne, Genève, Berne et Zurich. Ce sont surtout les grands clients qui ont été touchés – Le Temps et la newsroom de Ringier à Lausanne peuvent en témoigner. A se demander comment on fabriquait les journaux avant l’existence d’Internet… Les réactions de lecteurs outrés ne se sont pas fait attendre sur le site de 20 minutes, peu avant une certaine votation fédérale: «Tout fout le camp, la Suisse n’est plus ce qu’elle était… Service public, à quand le retour?»

Lire aussi: Ce qui s’est passé mardi

C’est dans l’édition imprimée du Matin que l’on trouve quelques éléments de détail sur ce «mardi noir». Comme le centre de contrôle Skyguide de Dübendorf, qui a connu des perturbations, où il serait par exemple «difficile de savoir ce qui se passerait en cas de panne prolongée», tout comme au CHUV. «Interrogé sur l’existence d’un éventuel processus d’urgence» dans un tel cas de figure, le porte-parole de l’Office fédéral de protection de la population (OFPP) avoue que «l’arrêt prolongé d’Internet n’est pas vraiment un risque que nous avons analysé». Pourrait-on résumer la chose par cette proposition de nouveau logo?

Mais fut-ce vraiment «le chaos», le «Totalausfall», comme dit le Blick? Les internautes commentant les articles de presse sont partagés: «Il est 16h49 et la situation se rétablit? Mais qu’on cesse de passer la pommade au pire opérateur téléphonique, gangrenée par la mafia gouvernementale suffisante de Berne… Fini de rigoler… En 2016, ça ne passe juste plus»; «Heu… si vous n’êtes pas satisfait, rien ne vous empêche de changer sans déverser votre haine…»; «Le chaos, ah bon? J’y ai survécu.» Et d’autres l’ont pris avec humour:

Si L’Agefi rappelle le précédent du 6 avril dernier, où «une panne de courant dans un bâtiment de Swisscom à Zurich avait provoqué des perturbations pour les clients de l’opérateur dans toute la Suisse», la Neue Zürcher Zeitung, elle, constate qu’il a quand même fallu patienter ce mardi «à de nombreuses reprises chez d’innombrables clients d’affaires». «La panne a placé Swisscom devant une énigme qu’elle a mis quatre heures à résoudre à l’aide d’une task force, mais la cause du dysfonctionnement n’est toujours pas clarifiée», écrit-elle, sur la base de la dépêche ATS diffusée outre-Sarine.

Le 19h30 de la RTS s’est d’ailleurs ouvert sur ce sujet, juste après que Swisscom eut annoncé sur son site internet que le dérangement était levé. C’était l’accès à la plateforme Ethernet qui put en être à l’origine. Celle-ci permet d’habitude l’accès des clients d’affaires à la large bande, et lorsque ce n’est pas le cas, il y a de quoi bouleverser «le quotidien de nombreux Suisses»… si personne ne fait rien:

«Une fois de plus, on mesure notre dépendance aux réseaux informatiques», a dit en introduction Darius Rochebin. Qui plus est, cela a représenté «une perte sèche» pour certains commerçants, a-t-on entendu, suite à ce «problème inédit» dont «toutes conséquences ne sont pas encore connues», avec des problèmes «partout en Suisse». Ce que le site d’info Watson.ch a aussi relevé dans son article, intitulé «Schwarzer Tag», en ne se privant surtout pas d’une sélection de tweets mordants sur ce «ver qui est dans Swisscom», une régie qui ne manque pas d’humour non plus:

N’empêche, «le coup de la grosse panne chez Swisscom», et puis c’est le «silence radio», déplore Xavier Studer sur son blog: «Fidèle à ses mauvaises habitudes en la matière, l’ogre bleu s’est montré très discret… […] Technique de communication évidente. Une entreprise en difficulté ne souhaite pas forcément trop évoquer ses problèmes. Dans la mesure du possible, tant qu’il n’y a pas d’emballement médiatique, la politique est de donner le minimum d’informations, surtout dans le cas d’une panne nationale qui dure plus de six heures.»

Mardi soir, poursuit le blogueur, «j’ai demandé à Swisscom s’il était possible de m’envoyer quelques lignes avec les termes techniques expliquant la panne (chute d’un point d’accès Ethernet, sauf erreur), je n’ai rien obtenu. J’avais en effet demandé si quelque chose était prêt… On m’a répondu par la négative. […] Tout doit être fait pour éviter les dégâts d’image. […] Dommage que Swisscom, dont le service […] est plutôt réputé, soit autant sur la défensive…»

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