Revue de presse

Margaret Atwood révèle la suite de «La Servante écarlate»

«Les Testaments» s’annonce déjà comme un triomphe. Plus de trois décennies qu’on attendait cette suite! Booker Prize en ligne de mire et produits dérivés à l’envi: l’écrivaine canadienne est promise à un bel envol

Le Washington Post parle d’«une des suites les plus attendues de l’époque moderne», à l’instar de la saga Harry Potter, et c’était effectivement un événement à Londres lundi soir: l’écrivaine canadienne Margaret Atwood, née à Ottawa en 1939, fille d’un entomologiste forestier et d’une nutritionniste, a dévoilé Les Testaments, la suite de La Servante écarlate.


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Cette dystopie misogyne terrifiante s’est érigée en véritable manifeste féministe à l’ère du mouvement #MeToo. Autant donc constater, avec Radio Canada, que la maison d’édition et les libraires saluent le «battage publicitaire autour de ce roman» qui «s’est déjà traduit par de nombreuses précommandes et des événements à guichets fermés pour cette sortie […] d’une icône canadienne, […] celle dont on parle le plus en ce moment».

D’ailleurs, Margaret Atwood participe ces jours-ci à un événement, Live in Cinemas. Ce lancement est diffusé dans plus de 1000 salles partout dans le monde, pour promouvoir cette œuvre qui constitue «un avertissement» sur les violences faites aux femmes, «sur ce qui pourrait arriver», a dit à l’Agence France-Presse (AFP) Melisa Kumas, Néerlandaise de 27 ans toute de rouge vêtue pour rappeler l’uniforme des Servantes.

Elle avait commencé à écrire La Servante écarlate à Berlin-Ouest, en 1984, inspirée par «George Orwell [qui] regardait par-dessus [son] épaule». «Le Mur était tout autour de nous», raconte Atwood dans la préface inédite d’une réédition française qui paraîtra prochainement. «Une époque de silences, de dangers… Tout cela s’est retrouvé dans le livre», et plus de trois décennies plus tard, elle «me pousse à devenir plus consciente de la politique qui m’entoure, à faire plus attention à l’actualité… pour m’assurer que le pire n’arrive pas», ajoute la lectrice des Pays-Bas.

Ce second tome, mis en vente mardi, a été sélectionné pour le Booker Prize 2019 – la prestigieuse récompense littéraire britannique qu’Atwood a déjà décrochée en 2000 pour Le Tueur aveugle – et son adaptation en série est en cours. Le président du jury du Booker, Peter Florence, a qualifié Les Testaments de «roman sauvage et magnifique qui nous parle aujourd’hui avec conviction et puissance»: «Atwood a placé la barre exceptionnellement haut. Elle s’envole.» D’ailleurs, «c’est sur l’île Pelée, en Ontario, que l’auteure canadienne se retire pour écrire. C’est aussi là qu’elle assouvit depuis des décennies […] sa passion pour l’observation et la protection des oiseaux», dit Courrier international dans le magnifique portrait qu’il lui a consacré en octobre 2017.

La série à succès diffusée en 2017 et multi-récompensée a relancé les ventes en librairie, qui ont atteint les 8 millions de copies dans le monde pour l’édition anglaise, également adaptée en film et pour l’opéra. Alors qu’elle était lancée sur les écrans après l’investiture du président américain Donald Trump, les fans ont vu dans The Handmaid’s Tale un signe et l’ont érigée en symbole anti-Trump.

Des exemplaires du livre ont d’ailleurs été livrés trop tôt à des acheteurs en ligne, provoquant l’émoi de plusieurs libraires. L’éditeur Penguin Random House, maison mère de Nan A. Talese qui le publie, a indiqué, dans un message posté sur Twitter, qu’un «très petit nombre de copies» de l’ouvrage avaient été «distribuées plus tôt du fait de l’erreur d’un distributeur, qui a depuis été rectifiée».

Selon le Guardian et le site PublishersWeekly.com, quelque 800 commandes auraient déjà été livrées aux Etats-Unis, seul marché concerné par la bourde, qui aurait été commise par le géant du commerce en ligne Amazon. Contacté par l’AFP, le groupe n’a pas immédiatement réagi. Plusieurs libraires se sont plaints de ce raté, l’un d’entre eux appelant Penguin Random House à sanctionner Amazon.

La traduction française des Testaments paraîtra le 10 octobre. Mais si vous n’avez jamais entendu parler de ce phénomène ou n’en connaissez que le nom, de quoi s’agit-il? Imaginez simplement les Etats-Unis devenus République de Gilead, un Etat totalitaire théocratique où les dirigeants violent, lors de cérémonies religieuses, les femmes qui peuvent procréer (les Servantes, justement) pour ensuite garder leurs nouveau-nés. On n’en divulgâchera pas davantage.

Dans le New York Times, relève Courrier international, c’est même Michiko Kakutani, son ancienne critique emblématique, «qui a repris du service pour commenter cette publication exceptionnelle. […] Evoquant une intrigue aux ressorts «dickensiens», elle précise que l’histoire est formée de trois histoires qui s’entremêlent.» D’après elle,

«Atwood a parfaitement confiance en ses talents de narratrice et signe ainsi un récit trépidant et très prenant, aussi dynamique que mélodramatique»

Son confrère du Washington Post est lui aussi conquis, et décrit une histoire tout aussi fascinante que la précédente, mais «qui renferme beaucoup plus d’humour que La Servante écarlate». Il met cependant en garde les lecteurs qui espèrent «un nouveau classique de la littérature dystopique». Le nouvel opus est d’après lui «un roman complètement à part, dans sa forme et dans son ton». Comme il le précise,

«Atwood se soucie avant tout de créer un thriller haletant, plutôt que d’explorer la perversité qui caractérise la répression systémique»

Margaret Atwood aura mis près de trente-cinq ans à imaginer cette suite à trois voix, qui révèle les failles du système de Gilead, inspirée par les questions que lui posaient ses lecteurs. Cela laisse largement le temps de réfléchir aux réponses possibles à cette situation infernale, laquelle a évolué à mesure que la société elle-même évoluait… Au point que «les citoyens de nombreux pays, y compris ceux des Etats-Unis, subissent aujourd’hui des tensions bien plus fortes qu’il y a trois décennies», souligne Margaret Atwood.

La Servante écarlate, déjà un gros succès à sa sortie en 1985, s’est érigé en véritable manifeste féministe des temps modernes après son adaptation en série en 2017, qui lui a permis de toucher un nouveau public. Comme Debbie Wythe, Anglaise de 57 ans qui confie à l’AFP être devenue «très féministe récemment», et notamment après avoir visionné la série qui met en vedette Elisabeth Moss, l’actrice américaine révélée par les seconds rôles de Zoey Bartlett dans A la Maison-Blanche (1999-2006), puis de Peggy Olson dans Mad Men (2007-2015), définitivement adoubée comme comédienne féministe dans le rôle de l’héroïne Defred.

Debbie Wythe n’est pas seule, et de loin pas. Que ce soit aux Etats-Unis, en Argentine, en Irlande, en Pologne ou en Hongrie, les «servantes écarlates», vêtues de capes rouges et de bonnets blancs, sont devenues «un symbole immédiatement reconnaissable» dans les combats féministes, comme lors des manifestations pour défendre le droit à l’avortement, se réjouissait Margaret Atwood en 2017, qui a publié son premier roman en 1969, La Femme comestible, une satire sur l’incapacité d’une femme à manger après s’être mariée.

Le costume des Servantes s’est imposé comme un signe de ralliement, omniprésent à Washington pendant la bataille contre la confirmation à la Cour suprême du juge Brett Kavanaugh. Mais si la série a connu un succès mondial, elle a aussi été dénoncée pour ses nombreuses scènes de violence (lapidations, pendaisons, électrocutions…), alors que la romancière canadienne ne faisait que les suggérer. «La saison 2 de La Servante écarlate est brutale, et pas grand-chose de plus», critiquait le New York Times en 2018.

«Pénible, cruel et vide de sens»

«Pour contrebalancer cette violence gratuite, les créateurs ponctuent les épisodes de moments pseudo-féministes», comme «de grandes démonstrations de rébellion» peu crédibles au sein d’un Etat totalitaire, tançait aussi le site Slate.fr en juillet dernier: ainsi, «The Handmaid’s Tale ne peut plus prétendre être une série féministe; depuis qu’il s’est éloigné du roman de Margaret Atwood, le programme lutte pour trouver sa raison d’être et se transforme de plus en plus en un divertissement pénible, cruel et vide de sens.»

Et qu’en dit Elisabeth Moss? Qu’elle «essaie toujours de faire en sorte que [ses] personnages deviennent des héroïnes et représentent le féminisme», justement, confiait-elle en août au Times de Londres. Mais la vie personnelle de l’actrice fait jaser. La Servante écarlate dénonce une république dirigée par une secte religieuse, alors qu’elle-même appartient à l’Eglise de scientologie. Mais elle a plusieurs fois rejeté la comparaison…


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