Ce qui s’est passé à Bernexpo ce jeudi, beaucoup de commentateurs le qualifient dans les médias du jour d’événement «historique» en matière de droits pour les homosexuels. Résumons, avec 20 Minutes. Ceux-ci «devraient pouvoir se marier». Et, plus surprenant, voire révolutionnaire, «les lesbiennes avoir accès au don de sperme». Le Conseil national en a accepté les principes avec d’autres amendements égalitaires, par 132 voix contre 52. Un score «avec les honneurs», dit 24 Heures, et «un projet qui règle aussi la question de la procréation médicale assistée» (PMA).


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Le journal gratuit poursuit en précisant que «les arguments appelant à ne pas créer de «couples de deuxième classe» l’ont emporté sur ceux dénonçant une démarche «diabolique». […] Mais rien n’est gagné: les Etats doivent encore se prononcer et un référendum se profile.» Quoique les avis divergent: «A première vue, la partie devrait être facile», ajoute le quotidien vaudois: «La gauche et le PLR forment ici une confortable majorité.»

L’auteur de son éditorial – le même que celui de la Tribune de Genève – se souvient qu’«il y a vingt ans, lorsque deux hommes s’embrassaient à la télévision, mes parents éteignaient le poste. Aujourd’hui, ils me demandent des nouvelles de la fille que viennent d’avoir deux amies lesbiennes. Cette anecdote, récemment entendue d’un proche, montre à quel point notre regard a évolué […]. Et explique pourquoi le «mariage pour tous» s’est imposé aussi facilement lors de son premier passage au parlement.»

Car les politiques «ne font qu’accompagner la société, qui ne ferme plus les yeux sur la réalité de milliers de personnes qui ont longtemps vécu cachées. Jusqu’à 30 000 enfants grandissent aujourd’hui dans des familles arc-en-ciel. […] Les mentalités changent. Et souvent même plus vite dans la population que sous la Coupole.» Mais attention de ne pas se tromper ou de faire triompher un pays par nature plutôt conservateur. «La Suisse était un des derniers pays d’Europe occidentale à ne pas avoir autorisé le mariage pour tous. C’est désormais en bonne voie», selon la Deutsche Welle ou Euronews. D’ailleurs, la presse germanophone reprend assez largement ces informations:

Même si, cette fois-ci, on a fait «un grand pas pour les couples gays», avec des choix qui «n’ont pas fait l’ombre d’un pli», dit Le Quotidien jurassien, non, il ne faut pas exagérer, «le parlement ne fait pas de la Suisse un pays précurseur», disent les deux quotidiens lémaniques… «Au contraire, il ne fait que rattraper notre retard vis-à-vis de la majorité de nos voisins européens.»

Pour autant, on est encore bien loin de l’unanimité dans la population. Deux internautes du Nouvelliste en témoignent: l’un s’étrangle en constatant qu’«à force de bafouer la loi divine, on en arrive à des aberrations de ce genre» et l’autre demande des précisions sur les «manières dont les «couples homosexuels» pourront fonder une famille». Outre le terme «manière» utilisé au pluriel, ces guillemets à l’intérieur des guillemets et montrent bien à quel point un substantif et un adjectif peuvent encore représenter, dans leur esprit, une proposition contradictoire en elle-même.

«Trop tard» pour la «NZZ»

Le «don de sperme légalisé pour les couples lesbiens» comme «le mariage pour tous qui arrive sont des faits historiques, même si c’est trop tard», pense pour sa part la Neue Zürcher Zeitung. Et tant pis pour les opposants, qui n’ont pas d’autre argument à faire valoir que leur seul «malaise à l’idée que des enfants puissent avoir deux mères ou deux pères. Pourtant c’est clair: les parents de même sexe sont les mêmes que tous les parents. Il y en a de bons et de mauvais.» Si l’on veut «protéger les enfants, on doit s’assurer qu’ils savent d’où ils viennent, […] qui les a créés»…

… Ce droit de connaître sa propre ascendance est inscrit dans la Constitution. Seul le débat sur le mariage pour tous a révélé la fréquence à laquelle il est violé

L’analyse du Tages-Anzeiger remarque aussi que «certains UDC et PDC étaient également en faveur» de ce projet de loi. «Cela crée l’égalité entre les couples homosexuels et hétérosexuels. Rien n’est introduit qui n’est pas déjà autorisé pour les hétérosexuels aujourd’hui. Pour une Suisse socialement et politiquement tranquille, il s’agit néanmoins d’une étape révolutionnaire. Il y a quelques mois à peine, le don de sperme pour les couples de lesbiennes était considéré comme sans aucune chance. Il dispose aujourd’hui d’une majorité des deux tiers au Conseil national.»

«Les critiques avaient averti que le mariage pour tous ne recueillerait pas de majorité s’il était associé à la PMA, qu’il fallait procéder étape par étape. Ils avaient tort. L’égalité juridique des homosexuels est majoritaire, du moins au sein du Conseil national. La résistance sera probablement plus forte au Conseil des Etats.» Et il y aura certainement référendum si le projet est accepté par les sénatrices/teurs. Les sondages indiquent qu’il pourrait échouer, mais «il est souhaitable que le peuple ait son mot à dire sur cette question importante» quand on sait que «les Suisses se rendent à l’étranger pour des dons d’ovules, d’embryons ou une maternité de substitution, qu’ils soient homos ou hétéros. Ils en parlent ouvertement, même des politiciens éminents.» Il y a donc aujourd’hui largement de quoi faire la fête, dit le Blick:

Le Spiegel allemand, enfin, rappelle qu’«en Suisse, les dossiers politiques concernant l’égalité des sexes prennent plus de temps qu’ailleurs. Le droit de vote général des femmes n’a été introduit que dans les années 1970, et dans certains cantons même seulement en 1990. Même avec des droits égaux pour les couples de même sexe, la Confédération est à nouveau un peu plus lente que les autres pays d’Europe occidentale. Mais maintenant, la loi devrait être modifiée.» Sous-entendu: enfin. Ce que le dessinateur Herrmann résume ainsi dans la Tribune de Genève:


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