La première fois qu'on a entendu parler de partenariat homosexuel, c'était hier. Tandis qu'un projet dans ce sens est soumis aujourd'hui au Conseil des Etats, de la France à l'Australie, on parle déjà de mariage gay. Tout va si vite, on a l'impression d'un même mouvement.

En réalité, ces deux types d'union symbolisent des aspirations radicalement distinctes. Le partenariat homosexuel, contrat différent du mariage, consacre le droit à la différence, cette revendication historique du mouvement gay. Concrètement, il permet surtout de se prémunir contre ces situations dramatiques où, après des années de vie commune, un partenaire se retrouve, vis-à-vis de son amant malade ou défunt, traité en étranger. C'est absurde et injuste, il n'y a aucune bonne raison de ne pas reconnaître à deux adultes responsables le droit de faire valoir leur lien privilégié.

Et le mariage «sexuellement neutre», comme disent les Suédois? Pour comprendre ce que cette proposition a de paradoxal, il faut peut-être observer les familles homoparentales telles qu'elles sont décrites par les sociologues, désormais nombreux à les observer (par exemple, François de Singly dans «Homoparentalité, état des lieux», ESF, 2000). On voit des foyers très appliqués à renvoyer d'eux-mêmes l'image la plus lisse de la normalité bourgeoise: une maison, deux parents, des enfants, un chien, une voiture. On voit les adultes insister sur le fait que leur foyer est une «vraie» famille, contrairement aux familles monoparentales, car l'enfant, pour son développement, a besoin de deux parents. Et dans ce flot de normalité, le sexe des parents apparaît encore plus clairement pour ce qu'il veut être: un détail sans importance. Le mariage gay consacre cette vision des choses: il reconnaît officiellement non plus la différence, mais l'indifférenciation sexuelle. Il conforte le point de vue d'une frange homosexuelle radicale, pour qui la division entre hommes et femmes n'est qu'un montage normatif destiné à perpétuer l'ordre établi. On n'est pas obligé de suivre, au risque de passer pour rétrograde.

A vrai dire, même s'ils ne l'avouent pas volontiers pour ne pas étaler leurs divisions, bien des gays désapprouvent cette grande soif de nivellement. Ils s'inquiètent de voir comment la liberté gagnée par la science sur la biologie favorise chez certains des délires procréatifs à taux de toxicité maximal («Tu as deux mamans, et tu ne sauras pas laquelle t'a porté car aucune des deux n'est plus vraie que l'autre»). Ils s'aiment et se reconnaissent différents. Il serait peut-être temps pour eux de le faire savoir.

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