La Suisse est un parangon de lenteur politique. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Le mariage pour toutes et tous en est une illustration. Il y a plus de vingt ans, une commission du Conseil national était saisie de cette demande. Au lieu d’assumer sa position, consistant à rejeter purement et simplement l’égalité des droits quelle que soit l’orientation sexuelle, elle évoquait le sentiment populaire: «Il serait politiquement extrêmement difficile de trouver des solutions qui puissent satisfaire la majorité des citoyens», tout en se réclamant de la «culture judéo-chrétienne». Lenteur par anticipation du refus de l’opinion publique. Stratégie courante sous la Coupole, consistant à attribuer au «peuple» sa propre frilosité. En oubliant au passage que la politique n’est pas seulement une caisse enregistreuse de l’opinion la plus bruyante, mais qu’elle est aussi responsable de la formation de celle-ci.

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Quatre ans plus tard, le Conseil fédéral présentait son modèle de partenariat enregistré, un mariage au rabais. Lenteur par détour. Il faudra encore deux ans au parlement pour l’adopter, puis trois ans jusqu’à son entrée en vigueur, en passant par les éprouvantes étapes démocratiques du référendum, de la campagne, puis de la votation populaire, victorieuse. Nous sommes en 2007. Lenteur par démocratie, on ne peut rien y redire. En politique, on compte par dizaine d’années. En amour, pas toujours, surtout au début.

En 2015, une nouvelle intervention arrive devant la même commission, aux visages entre-temps renouvelés. Et ces nouvelles têtes opinent: feu vert, pleins feux sur le mariage! Mollo, vous oubliez les procédures. Et cinq ans supplémentaires, pendant lesquels la Suisse chute au classement de l’égalité juridique des personnes LGBT, avec sa 27e place sur 49 dans le classement Rainbow Europe de l’ILGA (Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes).

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Enfin, le projet sort des méandres et est au programme de la session parlementaire de juin. Pourtant, il s’obstine à maintenir une discrimination: les couples de femmes ne pourraient pas recourir au don de sperme. On entend déjà les voix nous expliquant qu’il serait politiquement extrêmement difficile de trouver des solutions qui puissent satisfaire la majorité des citoyens. Et de repartir pour dix ans. Le coronavirus a démontré que la politique sait aussi être rapide. Une expérience dont on prendra de la graine?


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